La laïcité n'est que le début

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Legault est dans une stratégie d'affirmation nationale

Le jeudi 28 mars, le gouvernement de François Legault a déposé la loi 21 sur la laïcité de l'État, une législation qui devrait mettre fin au long débat québécois sur les accommodements religieux. La loi, qui prévoit notamment le retrait du crucifix à l'Assemblée nationale et l'interdiction du port de signes religieux pour les enseignants du réseau public de même que pour le personnel de l'État en position de coercition, fait consensus chez les Québécois: plus de 70% seraient en faveur selon CROP.


Probablement est-elle encore plus largement acceptée maintenant que la CAQ y a inclus une clause de droits acquis pour qu'il n'y ait aucun emploi perdu tout en y assortissant le retrait du crucifix au salon bleu, question d'apaiser ceux qui demandaient son retrait.


La vraie bataille commence


Tout comme la Charte de la langue française à son époque, la loi 21 a le potentiel de devenir un élément phare de l'identité québécoise, le symbole d'une nation où la loi des hommes a préséance sur la loi de Dieu et où toutes les religions sont égales devant l'État.


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Ceci dit, comme avec la loi 101, les Québécois ne pourront se permettre de s'asseoir sur leurs lauriers et de penser que le débat est réglé: il y a fort à parier qu'une fois le délai de cinq ans permis par la clause dérogatoire échu, la loi sera contestée en justice par des intérêts communautaristes souhaitant tirer avantage du système multiculturaliste canadien pour saper la différence québécoise.


Tout comme la Charte de la langue française à son époque, la loi 21 a le potentiel de devenir un élément phare de l'identité québécoise, le symbole d'une nation où la loi des hommes a préséance sur la loi de Dieu et où toutes les religions sont égales devant l'État.

Alors, dans l'éventualité où la Coalition avenir Québec ne gouverne plus dans cinq ans, ce qui est possible, bien qu'improbable, un éventuel gouvernement libéral ou autre pourrait bien ne pas renouveler la clause dérogatoire et ainsi mettre en danger la loi sur la laïcité de l'État. Afin d'éviter que la loi du ministre Jolin-Barrette ne se transforme en gruyère comme celle de Camille Laurin, les défenseurs de l'exception québécoise se devront de rester vigilants.


Le Canada marche sur des œufs


Tout naturellement, Justin Trudeau n'a pas perdu de temps pour réagir au dépôt de la loi et s'est lancé dans une tirade lyrique contre le gouvernement Legault: «Pour moi, c'est impensable qu'une société libre légitimiserait la discrimination contre quiconque, basée sur la religion».


Prétextant que le Canada est déjà un pays laïque, alors que la Charte canadienne des droits et libertés débute avec «Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu», le chef libéral a âprement condamné la loi québécoise. Comme de raison, Jagmeet Singh s'y est également opposé, le NPD et le PLC étant pratiquement interchangeables lorsqu'il est question du multiculturalisme.


Seul le Bloc québécois a applaudi la loi et a juré qu'il la défendrait bec et ongle. Les conservateurs, de leur côté, ont fait très attention à ce qu'ils diraient, tentant de laisser de l'espace aux Québécois tout en plaisant au Canada anglais.


Si les chefs fédéraux faisaient ouvertement campagne contre la loi 21 par intérêt politique au Canada anglais, ils se mettraient à dos 70% des Québécois, qui appuient le gouvernement Legault, et le Bloc pourrait remporter le Québec haut la main, en tant que seule formation fédérale respectueuse de sa spécificité.

Considérant que l'élection fédérale d'octobre approche à grands pas, l'enjeu de la laïcité pourrait être majeur au Québec, où Trudeau et Scheer espèrent gagner gros. Si les chefs fédéraux faisaient ouvertement campagne contre la loi 21 par intérêt politique au Canada anglais, ils se mettraient à dos 70% des Québécois, qui appuient le gouvernement Legault, et le Bloc pourrait remporter le Québec haut la main, en tant que seule formation fédérale respectueuse de sa spécificité.


N'en doutons pas, Yves-François Blanchet n'espère rien de mieux qu'une dénonciation unanime du PCC, du PLC et du NPD, ce serait carrément une partie gratuite offerte au Bloc par les autres partis fédéraux. Cependant, avec la pression des médias anglophones, cela pourrait bien arriver...


Legault en position de force


Avec l'adoption du projet de loi 21, le plus grand constat qui se forme dans l'horizon politique québécois est assurément le suivant: François Legault a prouvé son leadership et sa capacité à parler au nom des Québécois.


Avec 60% d'appui populaire et 45% d'intentions de vote pour la Coalition avenir Québec, dont plus de 50% chez les francophones, personne ne peut contester la légitimité du premier ministre du Québec, surtout pas dans le Canada anglais.


Après des décennies de léthargie constitutionnelle pour le Québec, le gouvernement de la CAQ pourrait bien réussir à aller chercher de nouveaux pouvoirs grâce à sa doctrine du «Québec d'abord» et à l'appui massif dont il jouit présentement chez les nationalistes du Québec.

Les grandes demandes de François Legault sont connues: une déclaration d'impôt unique gérée par le Québec et plus de pouvoirs en immigration pour son gouvernement. Avec l'appui très majoritaire dont il bénéficie actuellement, le premier ministre du Québec a toutes les raisons de croire qu'il peut faire trembler les colonnes du temple à Ottawa et trouver un interlocuteur relativement favorable à ses revendications.


Après des décennies de léthargie constitutionnelle pour le Québec, le gouvernement de la CAQ pourrait bien réussir à aller chercher de nouveaux pouvoirs grâce à sa doctrine du «Québec d'abord» et à l'appui massif dont il jouit présentement chez les nationalistes du Québec.


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