Subprime à l'européenne

Crise du capitalisme - novembre décembre 2011



Avec cet enlisement politique qui paralyse la zone depuis près de deux ans maintenant, l'euro semble vouloir devenir pour l'Europe ce que le subprime a été pour les États-Unis. Et la Grèce pourrait être pour la crise de 2011 ce que Lehman Brothers a été pour celle de 2008.
Grossière mais intéressante, cette comparaison entre l'euro et le subprime. Tous deux sont une création hybride, composés d'éléments hétérogènes, le premier étant déstabilisé par l'éclatement de la bulle de la dette souveraine, le second par celui de la bulle immobilière. Tous deux comportaient des éléments spéculatifs ou de mauvaises qualités regroupés dans un ensemble recevant tout de même un triple A de la part des agences de notation. Et si la crise des subprimes a ultimement contribué à la faillite de Lehman Brothers, celle de l'euro pourrait entraîner la faillite de la Grèce. Avec, dans les deux cas, un effet systémique nourri par le vase communicant que sont les détenteurs de titres de dette, sous l'effet multiplicateur des produits dérivés alimentant le jeu de l'assurance et de la réassurance des risques souverains.
Le calcul politique du premier ministre grec de brandir le spectre d'un référendum la veille d'un important G20, le tout étant assorti d'un vote de confiance demain, est un pari risqué dans les circonstances. Mais justifié. Au demeurant, en jouant la carte de la démocratie, Georges Papandréou demande à une population, condamnée à une austérité impossible, de décider de son sort et du prix qu'elle est prête à payer au sein de la zone euro ou hors zone, avec une Grèce en faillite.
Selon toute vraisemblance, le premier ministre grec, au pouvoir fragilisé, joue l'ultime négociation face à ses «partenaires» de l'euro, profitant de ce G20 pour tenter d'arracher d'autres concessions avec, ultimement, un assouplissement des conditions d'austérité mieux étalées dans le temps. Il a, devant lui, une économie anémique, étouffée par cette austérité. Et dans le rétroviseur, cette image provocante d'une Angela Merkel se posant en vainqueur au sortir d'un épuisant «sommet de la dernière chance» tenu à Bruxelles le 27 octobre dernier.
Georges Papandréou s'était engagé, dès son élection en 2009, à assainir les finances du pays et à remettre en ordre l'État grec miné par l'évitement fiscal, la corruption et le copinage. La reprise économique n'étant pas au rendez-vous, et avec la crise financière de 2008 ayant conduit au dérapage de la dette publique, il est coincé entre une «solidarité» à l'européenne imposant une tutelle à la Grèce et la colère d'une population soumise à une austérité invivable. Avec, pour réalité, un assèchement de la caisse dans quelques semaines. Une population qui, selon divers sondages, est majoritairement contre le plan européen de sauvetage mais majoritairement favorable à l'euro.
Il est permis de croire que le premier ministre grec sait très bien ce qu'il fait. Qu'il a procédé à une lecture fine des conséquences d'une faillite de la Grèce, tant pour la population que pour la zone euro. Qu'il sait qu'une tutelle européenne est préférable à celle du Fonds monétaire international. Que l'Italie se retrouve en première ligne face au risque de contagion de la crise grecque. Et que tant les pays membres de la zone que ceux de l'Union européenne ont également beaucoup à perdre de l'éclatement de la monnaie unique et de la dislocation de l'union monétaire, dont les effets systémiques à l'échelle planétaire sont inimaginables. Et il s'est gardé, dans son jeu, la carte du vote de confiance demandé au Parlement pour demain.
Georges Papandréou bénéficie, pour l'heure, de l'appui de son cabinet. Réuni en session extraordinaire dans la nuit de mardi à hier, il a approuvé à l'unanimité la tenue de ce référendum. «Le référendum fournira un mandat clair, mais aussi un message clair à l'intérieur et à l'extérieur de la Grèce sur notre engagement européen et notre appartenance à l'euro, a-t-il déclaré lors de cette réunion d'urgence, selon les propos recueillis par l'Agence France-Presse. Nous devons faire en sorte que les choses soient claires à tous points de vue, et je dirai au G20 qu'il leur faudra finalement adopter des politiques qui garantissent que la démocratie soit maintenue au-dessus des appétits des marchés», peut-on lire dans le communiqué diffusé par le gouvernement du pays reconnu pour être le berceau de la démocratie.
Georges Papandréou veut avoir un plan européen crédible, respectueux de la capacité de la population grecque à mener les réformes nécessaires et requises, dans un contexte économique déprimé par surcroît. Il veut avoir quelque chose de vendable à présenter à son Parlement, puis à sa population.
Cette zone monétaire sans leadership politique, en manque de gouvernance économique et d'institutions fédérales centrales, est rappelée à ses choix. Car si l'euro prend des allures de subprime, la crise financière de 2008 n'aura été qu'un petit exercice d'échauffement.


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