Stéphane Dion en entrevue à La Presse

Les tribunaux ont "aidé" la cause du français, croit Dion

Québec français

par Côté, Charles

Les jugements rendus sur la loi 101 depuis l'adoption de la Constitution canadienne en 1982 ont permis d'"améliorer" la cause du français, selon Stéphane Dion, candidat à la direction du Parti libéral du Canada.
"Les cours ont aidé la cause du français, dit M. Dion. Bannir les autres langues (dans l'affichage), essayer d'imposer de force quelque chose qui était contraire à l'avis de la population et l'image internationale du Canada, cela nuisait à la cause du français. Accepter l'affichage des autres langues a permis de se centrer sur les vrais enjeux du français."

L'ex-ministre de l'Environnement veut que les Québécois le suivent sur la voie verte en abandonnant leur projet indépendantiste. Et il croit qu'ils sont prêts à le faire, surtout les jeunes. "Au Québec, il faut mobiliser les gens autour d'un objectif généreux, dit M. Dion. Cet objectif, c'est la réconciliation de l'humanité et de la planète. Il me semble que ça va mobiliser les Québécois, surtout les jeunes."
Il voit l'environnement comme l'un des trois piliers de sa politique, avec l'économie et la justice sociale.
Mais la question constitutionnelle, l'autre grand sujet de sa carrière politique, le rattrape. M. Dion a rejeté la proposition de son adversaire Michael Ignatieff, qui juge fondamental que la Constitution canadienne reconnaisse "le statut national du Québec". Pour lui, ces questions sont bonnes pour un "séminaire de sciences politiques". Il précise: "Il y a au moins une définition du mot nation qui va coller à la société québécoise. Mon problème, c'est quand on veut entrer ça dans la Constitution."
En outre, il croit que l'Assemblée nationale du Québec n'a pas à ratifier la constitution actuelle, adoptée en 1982. "Ce n'est pas une situation idéale, dit-il. Ce serait bien que ce désaccord avec l'Assemblée nationale n'existe pas. Mais il ne faut pas dramatiser. La Bavière n'a pas reconnu la constitution allemande de 1949. Ça n'empêche pas l'Allemagne d'être un pays très envié à travers le monde. C'est la même chose pour le Canada."
Pour M. Dion, pas question de "faire des offres" au Québec. Selon lui, actuellement, dans le débat constitutionnel, ce sont les souverainistes qui ont le fardeau de la preuve. Et les questions comme le déséquilibre fiscal ne pèsent pas lourd à ses yeux. "Je ne crois pas qu'il y ait un seul autre pays sur la planète où on parle de séparation à cause d'un surplus budgétaire, dit-il. Il faut trouver des arguments à la mesure de l'enjeu."
M. Dion s'est aussi prononcé sur la politique étrangère du Canada.
Il s'est dit "très mal à l'aise" avec le prolongement "simpliste" de la mission militaire canadienne en Afghanistan. Il croit qu'il faut revoir le mandat de la mission, mais qu'il n'est pas temps de "sortir dans le déshonneur".
Il déplore aussi que le Canada ne puisse pas jouer un plus grand rôle au Liban. "La façon dont le premier ministre s'est comporté dans la crise cet été est lamentable, gênante, dit-il. Il a été un mauvais ami d'Israël et il a oublié qu'on était un ami du Liban."
Il croit que M. Harper aurait dû suivre les traces de Pierre Elliott Trudeau, qui était intervenu en 1982 auprès du gouvernement israélien pour critiquer la précédente invasion israélienne du sud du Liban. "M. Trudeau avait écrit trois fois, en ami, au premier ministre d'Israël, dit-il. Il avait demandé un cessez-le-feu immédiat. Il me semble que c'est ce qu'un premier ministre du Canada aurait dû faire (cet été)."
Encadré(s) :
Le français et les tribunaux
La Charte de la langue française, ou loi 101, a été adoptée en 1977. Après l'adoption de la Constitution canadienne de 1982, plusieurs aspects de la loi 101 sont tombés.
À commencer par l'obligation pour tous les enfants de fréquenter l'école française, sauf ceux dont les parents avaient reçu leur éducation en anglais au Québec.
La Constitution de 1982 a consacré le droit pour les enfants de fréquenter l'école dans la langue maternelle de leurs parents, partout au Canada, là "où le nombre des enfants... est suffisant".
Puis, les tribunaux sont intervenus. En 1984, la Cour suprême confirme que la Constitution a préséance sur la loi 101 sur la question de la langue d'enseignement.
En 1988, la Cour suprême annule l'exclusion des autres langues que le français dans l'affichage commercial, parce qu'elle est contraire à la liberté d'expression.
Mais les libéraux de Robert Bourassa invoquent la fameuse "clause nonobstant" pour garder la loi 101 intacte. Cela déclenche une crise et provoque la création d'un parti anglophone, le Parti égalité.
Cinq ans plus tard, en 1993, M. Bourassa modifie la loi 101 pour permettre d'autres langues dans l'affichage, tant que le français conserve une "nette prédominance". Les tribunaux ont jusqu'ici maintenu ce compromis.


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