Être ou ne pas être un état laïque?

Tribune libre

Dans le but de m'expliquer à moi-même la laïcité d'un État, j'en profite pour larguer ma réflexion sur l'internet.
Je me rends compte qu'on en parle beaucoup, mais j'ai parfois l'impression que l'on évite le fond du sujet. Je n'ai pas la prétention de savoir où est le fond, mais je cherche. En tout les cas il ne se trouve pas dans le « Joyeux décembre » de l'avenue Mont-Royal, ni dans le crucifix de l'Assemblée nationale. Ces deux exemples ne sont que des tests qu'on se donne pour voir la réaction des gens, et pour finalement voir jusqu'où va notre réel désir d'avoir enfin un État laïque.
La représentation publique de la religion finit par conditionner les échanges. Le Hijab, le Kirpan, le Crucifix, sont finalement des symboles qui conditionnent. Certains sont plus flagrants que d'autres. Les juifs hassidiques d'Outremont ne veulent clairement pas être considérés comme les autres, pour ne nommer qu'eux. Nous nous sommes justement débarrassés de ces conditionnements au Québec en sortant l'église de nos institutions publiques et privées. La laïcité détermine une autre base d'échange entre les individus sans pour autant renier nos choix de culte. L'identité d'une personne n'est plus exprimée à travers la religion. La religion n'est plus une qualité en soi, mais en la mettant de l'avant, elle le devient. La base d'échange dans un système laïque est d'égal à égal. En insérant la variable de l'affichage religieux, ce n'est plus le cas. On tue la neutralité à la base de l'échange parce qu'un des partis conditionne inévitablement l'autre à le considérer autrement qu'un simple être humain qui est engagé dans un processus d'échange. Si l'on décide de ne pas se laisser conditionner, les jeux des accusations de racisme, d'antisémitisme et de xénophobie commencent. Que l'on demande de respecter les choix religieux très bien, mais que l'on exige de changer nos bases de relation d'égal à égal sous le prétexte divin de l'un et de l'autre, minute! On a travaillé bien trop fort pour tout foutre par terre parce que certains ont du mal à ramer dans le bon sens.
Hélas, on a déjà ralenti le bateau pour tenter d'en faire embarquer quelques-uns. Le résultat des accommodements dits raisonnables a été d'agrandir le gouffre idéologique au Québec. Ces accommodements sont pour ma part une espèce de pansement que l'on met sur une plaie qui n'est pas nettoyée. Inévitablement, la gangrène va prendre. On ne fait que retarder le moment oû nous voudrons nous affirmer, et plus nous attendons, plus le choc sera brutal. Prenez l'Europe: il est, quant à moi, trop tard. Dialoguons tant que nous voulons sur les tenants et aboutissants de la laïcité, des sacro-saints accommodements raisonnables, mais on devra prendre une décision un jour. Pour l'instant, on veut être gentil, on ne veut pas froisser. Mais nous l'avons déjà fait. N'avons-nous pas choqué les plus vieilles générations de catholiques en scindant l'Église de l'État? En ce moment, nous n'avons aucun parti politique qui est prêt à dire « ici on fonctionne comme ça. Si vous voulez immigrer ici, vous êtes les bienvenus, mais la religion, elle reste dans votre intimité, et tout est en place pour que ce soit respecté ". Il faudrait un gouvernement prêt à sacrifier un mandat. La politique au Québec manquant vraisemblablement de vision à long terme parce que l'important c'est gagner les prochaines élections générales, on n’est pas sorti du bois...
On a dilué le débat avec la notion de multiculturalisme. Ce mot impose une dimension qui veut que si vous n'y adhérez pas, vous soyez probablement dans le camp de l'intolérance. A-t-on vraiment inclus la religion dans la culture? On n’a pas encore séparé les deux? C'est navrant! À force de vouloir être inclusif avec des mots de ce genre et les accommodements, on aura l'effet contraire de ce qu'on voulait au départ.
Il est urgent que l'on règle cette question une fois pour toutes. Oui, ça va brasser au début: ces prises de position brassent tout le temps de toute façon. C'est qu'avec les prochains enjeux que le Québec a à traverser, nous n'aurons pas d'énergie ni de temps à perdre sur ce sujet. Tout le reste sera bien trop important.


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