Bertrand Tavernier, nostalgique du discours de De Villepin à l'ONU

Dominique Ageorges - Agence France-Presse

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Quand le cinéma joue son rôle à la perfection

Le réalisateur français Bertrand Tavernier estime que le discours à l'ONU de Dominique de Villepin en 2003 «nous manque à l'heure actuelle», dans un entretien à l'AFP à l'occasion de la projection au Festival de Toronto de son film Quai d'Orsay.
«Il nous manque le discours de l'ONU à l'heure actuelle. Il nous manque quelqu'un qui ait ce style, cette ampleur, cette vision de la France», a-t-il dit en réponse à une question sur la résonance particulière du film à l'aune de la crise syrienne.
L'ancien ministre des Affaires étrangères avait connu son heure de gloire en février 2003 en portant à l'ONU le «non» de la France, présidée par Jacques Chirac, à la guerre en Irak.
Quai d'Orsay, tiré de la bande-dessinée homonyme, est une plongée drôle et instructive dans les arcanes du pouvoir et pour cause: le scénariste de la BD Antonin Baudry, qui a coécrit le film, est une ancienne plume de Dominique de Villepin.
Le long métrage débute par l'arrivée aux Affaires étrangères du jeune énarque Arthur Vlaminck (Raphaël Personnaz, Marius), puis sa découverte d'un monde surexcité et codé, les crises dans des pays imaginaires (Lousdemistan ou l'Oubanga!). Il apprend à refaire cinquante fois les discours du vibrionnant ministre Alexandre Taillard de Vorms, directement inspiré par M. de Villepin.
«Quand j'ai commencé ce film, peu après la sortie de la bande dessinée (ndlr 2010), il n'y avait pas la Syrie. Je ne faisais pas ce film pour rechercher l'aide d'un événement. Je pensais que la BD puis le film avaient suffisamment de force pour avoir un sens large».
«Quand j'ai revu le film récemment, je me suis dit que chaque réplique prenait maintenant un sens très fort», a-t-il confié.
Quai d'Orsay montre un cabinet ministériel en «état de chaos» avec des personnages truculents qui n'ont pas d'horaire, courent sans arrêt, luttent pour placer une idée auprès du ministre ou finissent comme le directeur de cabinet de Taillard, Claude Maupas (impressionnant Niels Arestrup) par ne plus le quitter.
«Mais à côté de ce chaos, qu'on peut juger dramatique, délirant et dangereux, naît sans doute l'un des plus grands discours dont pour le moment il n'y a aucun équivalent dans la politique française».
Le personnage de Taillard (Thierry Lhermitte, jubilatoire) a en même temps selon lui «une stature presque moliéresque».
«Il est dans une énergie, une obsession du mouvement. Thierry Lhermitte doit avoir le record des mouvements illustrant des formes géométriques, colonnes, spirales, cercles, carrés!».
«On voit que Taillard est à sa place dans un ministère qui doit exprimer des grandes idées des principes au sens gaullien», poursuit-il. «Il serait perdu s'il fallait s'occuper de petites choses du quotidien».
Dans le film, le ministre fustige nombre de pays, États-Unis en tête et ses néoconservateurs, ou encore l'Europe.
A la bande dessinée, le réalisateur de Coup de torchon, L'Appât ou dernièrement La Princesse de Montpensier, a ajouté d'autres éléments de fiction comme les questions au gouvernement du mercredi à l'Assemblée nationale. «Je suis tombé des nues quand Antonin Baudry m'a dit qu'il y avait des arrangements avec des députés en leur écrivant les questions et les réponses. Comme le dit un des conseillers de Taillard, ça réduit la démocratie à un simulacre, à un jeu de rôle».
Des personnages féminins sont apparus comme l'amie d'Arthur (Anaïs Demoustier, pétillante). On voit le couple dîner avec des amis. «Cela permet de voir comment on parlait de cette question. Quand on pense qu'il y a eu plein de gens dont des intellectuels qui croyaient aux armes de destruction massive...»
Interrogé sur une éventuelle réaction de M. de Villepin, Bertrand Tavernier a répondu: «Il a lu la BD. Il dira un peu la même chose du film, que c'est en dessous de la vérité!». «Le chef de cabinet de l'actuel ministre Laurent Fabius m'a dit que le film était complètement juste», a-t-il conclu.


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