Au premier regard sur le drapeau du Québec, l’observateur est saisi du sentiment d’une continuité parfaite. Ce drapeau à fleurs de lys et croix blanche sur fond bleu ne semblerait-il pas avoir flotté ici depuis la fondation de Québec, en 1608 ? Mais alors, le 21 janvier 1948, date de l’adoption du drapeau, aurait-il été celui d’une « restauration » ? On entrevoit une histoire bien plus tourmentée que l’apparence ne le laissait d’abord supposer.
La royaume de France n’avait pas d’étendard unique. Le bleu portant des lys d’or symbolisait le roi. La couleur de la nation, c’était le blanc ; originellement celle du parti protestant devenue celle du parti d’Henri IV. Au drapeau blanc s’ajoutait la croix de Saint Michel, en usage pour les navires et les troupes françaises depuis le XVe siècle, puis dans les compagnies franches de marine, déployées hors d’Europe. S’ajoutaient encore les drapeaux des régiments, à croix blanche mais encadrés de couleurs et de motifs variables. Au-delà du Québec, vous la trouverez notamment sur le drapeau de la ville de Saint-Malo et sur l’émoji de la Martinique, prisé des internautes québécois. La Nouvelle-France, comme l’ensemble de la France d’Ancien Régime, antérieure à la Révolution de 1789, pratiquait donc une pluralité vexillologique, comme disent les érudits.

En 1760, ce sont donc tous ces drapeaux qui furent sommés de céder la place à l’Union Flag britannique, non sans difficultés. Dans les années 1770 les Canadiens de l’Ouest, loin du regard britannique, utilisaient la bannière blanche dans leur diplomatie locale avec les Autochtones. Sur les rives du Saint-Laurent, mieux contrôlées par Londres, les instructions se répétaient pour faire retirer les blasons à lys rappelant l’ancien pouvoir. Lys et blanc étaient donc devenus, à cette date, des marques de subversion locale et de complicité subjective avec l’ennemi français, alors que l’Union Flag avait monopole légal.
Ici, un détour par la France s’impose pour comprendre la suite de l’histoire des drapeaux au Québec. En juillet 1789, les « Patriotes » parisien arborèrent une cocarde mêlant le blanc de la nation et les couleurs bleu et rouge de Paris. Le symbole, fut repris sous forme du drapeau tricolore, dont le sens des bandes (horizontales puis verticales) se stabilisera que progressivement. Dans le contexte de la Révolution, la cocarde blanche devint le symbole des monarchistes, et c’est ainsi que la restauration des Bourbons effaça de 1815 à 1830 les tricolores (horizontaux ou verticaux), conservé par les fidèle du souvenir de la République ou de Napoléon.
Au Bas-Canada, nom d’alors de la province de Québec, la Révolution française provoqua un réalignement. Les marques d’attachement à la royauté française déchue devinrent licites et même encouragées par les autorités. Les notables (curés, dont 25/100 de réfugiés français, seigneurs et petits bourgeois) étaient chaudement invités à pleurer les Bourbon pour mieux faire entendre aux mauvaises têtes canayennes le bonheur d’avoir été conquis de manière « providentielle ». Les lys passaient dans les rangs des auxiliaires de l’ordre et pouvaient pousser sous la férule britannique. Ils signalaient que si le « Canayen » était bien en quelque manière français, c’était d’une France qui n’était plus. C’était orienter les affects nationaux vers le passé et hors du champ politique sérieux.
Mais, dès lors que la contestation monta dans les années 1830, c’est la tradition républicaine française, ayant lentement et discrètement passé la douane en fraude, qui fut acclimatée. Cette année-là, alors que les Bourbons sont renversés une nouvelle fois à Paris, les garnements éduqués par les Sulpiciens de Montréal, sanctuaire du loyalisme canadien depuis 1789, improvisent une manifestation en arborant la cocarde bleu-blanc-rouge et en chantant la Marseillaise. En 1832, lors de la libération à Montréal du journaliste Ludger Duvernay, figure du Parti patriote, ses soutiens entonnent aussi la Marseillaise et déployèrent pour la première fois le drapeau patriote : vert (irlandais), blanc (français) et rouge (britannique), à bandes horizontales ; comme celui de la Première République française ; et comme celui d’Haïti qui, en étant issus, s’est défait de sa bande blanche à l’indépendance. Les Patriotes, mouvement composite, furent entre autres choses un prolongement de la Révolution française en Amérique. Mais dès 1838, la défaite des Patriotes amena à en rabattre sur les manifestations publiques de symboles nationaux et républicains dans le Canada-Est.

Charles Alexander Smith. L’Assemblée des six-comtés (1837). 1890. Y figurent, mêlés, les tricolores français de 1792 (à bandes horizontales) et le drapeau patriote.
En 1855, c’est une circonstance géopolitique qui rebâtit les cartes. La France, sous la forme de la dictature militaire avec soutien clérical de Napoléon III, est alors l’alliée de la Grande-Bretagne contre la Russie (en Crimée, cela ne s’invente pas), alors que cette dernière entretient des relations cordiales avec Washington. Dans ce contexte, Londres voit d’un bon œil une réintroduction de Paris au Canada, comme contrepoids potentiel face à Washington. La population canadienne assista massivement aux événements organisés à l’occasion de la venue du navire français La Capricieuse. Le tricolore (bleu, blanc rouge à bandes verticales désormais) se répandit sans opposition des autorités coloniales ou des notables, qui durent un peu réécrire l’histoire compliquée de leurs rapports à la France. C’est la cause du succès de la poésie d’Octave Crémazie.
La défaite de la France face à la Prusse en 1870 eut des effets contradictoires. Reportant sine die l’espoir d’une politique française sur laquelle pouvait prendre appui le nationalisme canadien dans son émancipation, elle n’en fut pas moins un grand moment d’identification dans le malheur et la défaite, signalé par des manifestations populaires transpartisannes. Le tricolore achève alors de s’imposer dans les manifestations patriotiques comme symbole des Canadiens, indépendant des calculs britanniques. C’est à cette même période que les Acadiens, imitant les Canadiens français, adoptent officiellement le tricolore, agrémenté de la Stella Maris, auquel ils se sont tenus depuis cette époque. L’association entre les « Français du Canada » et le tricolore est si bien établi qu’en 1885 c’est avec le « drapeau français » qu’un journal ontarien anglophone proposa de pendre Louis Riel alors qu’Honoré Mercier, premier ministre de la province de Québec de 1886 à 1891 inaugurait l’usage du tricolore dans ses activités officielles.

La Patrie 25 juin 1898. Célébration de la Saint Jean Baptiste à Montréal.
Dans ce contexte, au Québec, à partir des années 1880, deux courants d’opposition au tricolore se manifestent. Le premier vient du clergé catholique. Il avait eu les yeux de Chimène pour Napoléon III, dont les armées, aux côtés des zouaves canadiens, défendaient le pape. Il aimait encore tendrement la « république des ducs » des années 1870, qui chercha vainement les moyens d’une restauration royaliste en France. Mais, pour le clergé québécois, la République républicaine, c’était la fille aînée de l’Église retombant dans le péché. Cette impie risquait de propager les miasmes fétides de la laïcité et de l’école obligatoire jusque dans sa province perdue. Imaginez donc ! Face à ce péril la Conquête redevenait providentielle. Contre les tricolore on tenta donc, à tâtons, de ressusciter des drapeaux fleurdelysés et autres drapeaux blancs, sans grand succès pendant 20 ans.
Pour parvenir à imposer cet anti-1789 québécois, il fallut le secours du second courant : les impérialistes (de cœur : nombre de Britanniques du Canada ; ou de raison : comme le canadien français Benjamin Sulte). La crise de Fachoda, en 1898, opposant Londres et Paris en Afrique, déboucha sur une forte tension au Canada autour du comportement des Canadiens français en cas de conflit entre les deux Mère-patries. La Guerre des Boers prolongea cette sourde crainte de guerre civile, alors que les adversaires sud-africains de l’Angleterre faisaient appel aux sympathies d’Amsterdam, Berlin et Paris, ouvrant la perspective d’un conflit mondiale bien différent de celui qui éclata finalement en 1914. En mars 1900, dans ce contexte explosif, les étudiants de McGill célébrèrent la victoire britannique de Ladysmith en descendant la rue Sainte-Catherine, attaquant les journaux et l’université francophones pour en arracher les drapeaux tricolores. Dans les jours suivants, les étudiants francophones ripostèrent en s’attaquant au journal The Star et capturèrent l’Union Jack qu’il arborait. Le conflit africain devenait canadien et mettait en cause le statut du dominion à l’égard de Londres et du Québec dans celui-ci.

La Presse. 1er mars 1900
C’est alors que le clérical Elphège Filiatrault, invoquant l’incident récent, proposa, en 1903, un nouveau drapeau pour les Canadiens français, dans le but d’éliminer ce bien dangereux tricolore. L’ancêtre du fleurdelisé actuel reprit la croix de Saint Michel des drapeaux de Marine de l’ancienne France et, pour créer une continuité apparente, y implanta des lys orientés à la manière de la « bannière de carillon » [1], vers les angles.
Face au nouveau venu, le tricolore fut défendu ardemment par Louis-Honoré Fréchette (le grand poète du temps), Olivar Asselin (jeune et ardent journaliste) ou Éva Circé-Côté (figue féministe, syndicaliste et nationaliste) notamment.

Affiche de la Société de Saint Jean Baptiste pour ses 75 ans. 1909.
Mais, ici encore, c’est un retournement géopolitique qui devait trancher l’affaire. Rabibochée avec Paris en 1904, Londres fit appel aux Canadiens en 1914. Dans la province de Québec, pleine de Frenchmen, la propagande canadienne pour le recrutement, puis pour la conscription, se fit largement au nom du « devoir » (soudain découvert par le clergé et le gouvernement du Dominion) des Canadiens français d’aller sauver la France — lorsque cela arrange l’Angleterre comme le fit remarquer Henri Bourassa —. Le tricolore fut compromis dans cette pirouette et l’on constate sa disparition comme symbole des Canadiens dans les années suivantes. Ainsi flétrissent sur les bords du Saint Laurent les symbolent qui renforcent l’impérialisme.

Affiche de recrutement canadienne de la première guerre mondiale tricolore, avec Marianne, allégorie de la République et la prémonition de Notre Dame de Paris en feu.
Reste à traiter l’adoption formelle de l’actuel drapeau, sur une initiative parlementaire de René Chalout. Ce duplessiste dissident avait été une des figures les plus virulentes de l’opposition à la conscription à partir de 1942. Anticommuniste de choc, il n’en déclarait pas moins, en 1946, qu’en cas de guerre entre l’Empire britannique et l’URSS, il serait réfractaire : En somme il était patriote, car anti-impérialiste plus encore qu’anticommuniste. Participant au Bloc populaire — parti à la fois fédéral et provincial —, René Chalout souhaitait retirer les Union Jack du Dominion et faire adopter au Canada, dans son ensemble, un drapeau « véritablement canadien ». Mais, devant la reculade de Mackenzie King, et avec le soutien de la Jeunesse Laurentienne (qui militait pour un unifolié canadien blanc et rouge à feuille verte) et de Lionel Groulx, c’est à l’Assemblée législative du Québec qu’il demanda finalement d’arborer un « drapeau véritablement canadien », sans autre précision, en novembre 1946. Dans le flou vexillologique du moment, et alors qu’on venait d’instaurer la citoyenneté canadienne, il put arriver, au Québec, qu’on prêtât serment d’allégeance au « roi du Canada » devant le drapeau britannique (et non le drapeau du Dominion) et le fleurdelisé (alors sans statut légal). Il fallut attendre le printemps 1947 pour que le débat se débrouille un peu et qu’on décide finalement d’adopter un drapeau québécois officiel, sur la base d’un précédent néo-écossais, sans plus se poser la question du drapeau canadien. L’adoption du fleurdelisé, aux lys redressés, fut approuvée par Maurice Duplessis le 21 janvier 1948.
Hasard ou choix, cette date correspond à un double anniversaire, renvoyant à deux événements de l’année 1793. Ce fut en effet le 21 janvier 1793, au début de l’exercice de l’Assemblée législative du Bas-Canada, que fut tranchée la question des langues, donnant droit aux parlementaires de la province de formuler leurs propositions en français et en anglais, et donnant lieu à une législation québécoise bilingue. Mais le 21 janvier 1793, c’est aussi la date de l’exécution à Paris de Louis XVI, qui fut le départ d’une nouvelle guerre franco-britannique et rendit licites les lys sur le Saint-Laurent sous le patronage britannique, au diapason de la thèse de la Conquête providentielle. En conséquence, et sans en avoir probablement conscience, il n’y a que deux groupes de personnes au monde qui commémorent ce jour : la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et les royalistes français.
BANQ. Drapeau du Québec, 1948, Archives nationales à Montréal, Fonds La Presse, (06M,P833,S3,D318), Photographe non identifié.
Le rapport du Québec aux fleurs de lys est paradoxal et doit être dénoué avec lucidité, intelligence et compréhension. Les discours tenus annuellement pour la date anniversaire de l’adoption du drapeau — par leur banalité, leur confusion, leur occultation ou simple ignorance de l’Histoire — en font foi. À défaut de comprendre, on fait dans le lyrique creux, l’esthétisme ou le protocolaire[2]. Hors du monde, le Québec pourrait s’en contenter. Imbriqué dans l’univers, il doit demander mieux. En effet, vu de l’extérieur — et d’un extérieur qui, par l’effet des migrations, d’internet et des voyages, devient intérieur, tout ceci demanderait la capacité à produire une explication. Et si c’est là un souci d’historien, il s’ancre dans le constat de faits présents.
Je pense à la surprise d’un de mes amis québécois qui, cela ne s’invente pas, eut l’idée fraternelle de se promener à Paris un 14 juillet, date commémorant la chute de l’absolutisme, avec un fleurdelisé. Ou à cet autre, qui fit de même, lors d’une manifestation de Gilets Jaunes, dans la même ville, en 2018. Je pense aussi à ces jeunes militants québécois qui firent flotter les lys en Catalogne, partie du royaume des Bourbons d’Espagne au fort mouvement indépendantiste républicain[3]... Dans tous ces cas, la bonne volonté québécoise ne pouvait, faute des outils pour comprendre la place du lys dans cet écheveau de sens, que se retrouver face à des visages interloqués devant ces curieux monarchistes ou partisans de Madrid tombés de la lune.
Les Québécois ont d’autant plus un besoin civique de savoir donner du sens à leur symbole que cela n’est pas qu’un impératif extérieur, déjà important. C’est aussi une nécessité pour la clarté des esprits et le meilleur éclairage des discours politiques. Une mauvaise compréhension de l’Histoire mène à des contresens plus ou moins honnêtes. On en trouve un exemple dans ces lectures qui associent les lys — et, au-delà, le nationalisme québécois — à une nostalgie d’un ordre colonial du XVIIIᵉ siècle, réinterprété non plus à la lumière de la réalité de la Nouvelle-France, mais de celle du colonialisme français esclavagiste de la même époque dans l’actuel Haïti… Par sophismes successifs, on en vient à créer dans les esprits un colon transhistorique, incluant le Québécois, et à faire croire à d’aucuns qu’il y aurait eu une « Conquête coloniale » du Canada par la France sur les autochtones analogue à la conquête française de l’Algérie de 1830. Émilie Nicolas s’est illustrée dans ce style de l’Histoire à la truelle[4]. Parallèlement, par retournement et appropriation du stigmate colonialistes, d’autres se racontent, mais « positivement », la même mythologie du peuple conquérant. C’est ainsi que chez cet autre mythographe qu’est Cormier-Denis les Québécois (comprendre les Canadiens français du Québec) sont des : « Pieds Noirs [colons français d’Algérie] qui ont réussi[5]. De même ils seraient des Français purs de la révolution, et donc des Droits de l’Homme et du citoyen. Bref, pour les deux, le « Québécois », fondamentalement, serait un personnage du passé, de la hiérarchie, ne pouvant que par la domination extérieure d’adonner à sa propre passion de la domination et en même temps son aspiration à être un sujet.
De telles transplantations sélectives et intéressées opacifient le Québec sous des fantasmes bien commodes pour déboucher sur des dialogues de sourd. À travers une Nouvelle France factice ont tue la mémoire de la famille d’Onontio, soit celle d’un groupe de colons français, assurément, mais qui s’implantèrent dans, et non contre le monde autochtone avant d’être, sinon comme du moins avec lui, assujettis par la force. A travers la souscription au récit du Québec comme ancienne France perpétuelle, on élimine l’agentivité d’un peuple qui a fort bien sut, comme le peuple haïtien, participer à sa manière aux révolutions atlantiques, depuis le XIXe siècle jusqu’à sa Révolution dite tranquille.
Pour dépasser cette impasse il faut développer une vision nette à propos de ces affaires d’Histoire québécoise, de symboles et de drapeau, car c’est une clé d’entrée. La nation québécoise (anachronisme facilitant le langage, et sans gravité s’il est conscient), ensemble humain fondée par l’installation de Français sur les rives du Saint-Laurent dans un système d’alliances autochtones, a arboré depuis 400 ans tous les drapeaux qui lui permettaient de faire valoir son existence et ses droits, selon ses possibilités et les rapports de force du moment. Quoi qu’on pense de la monarchie française déchue et de ses actions en Europe et dans le reste du monde il faut la créditer d’une chose. Ici, en Amérique du Nord, ses bannières contribuèrent, pendant un siècle et demi, à la vie commune entre des peuples divers amenés à construire un monde commun dans un espace bouleversé par les effets biologiques, économiques et idéologiques de la Rencontre. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les lys furent pendant de longues décennies un refuge pour de nombreuses petites nations contre la puissante Iroquoisie et une barrière face au colonialisme de substitution des sujets britanniques sur les terres autochtones. C’est 1760, date de la Conquête du Canada, qui ouvrit la Conquête de l’ouest. Le peuplement du Québec illustre ce rôle des lys, en adjoignant, dans l’ordre de leur établissement sur son territoire : d’abord le groupe des Micmacs, Innus, Algonquins, Malécites, Atikamekw ainsi que les Cris et Inuits ; au milieu desquels s’établirent les Français ; et le groupe des Wendats, Abénakis et Iroquois (Mohawks), qui les rejoignirent comme alliés dans la vallée entre 1650 et les débuts du XVIIIe siècle. Puisque les discours cléricaux de 1903 et de 1948 sur le drapeau sont périmés, c’est de ce côté qu’il faut chercher un sens moderne utile pour mettre fin à l’actuelle vacuité. À partir de là, on peut tirer le fil d’une lecture contre-impérialiste du drapeau, qui est une clef d’entrée sur l’Histoire québécoise qui lui donne un sens possible, cohérent et fécond dans le monde actuel et mobilisable pour toutes ses composantes.
Les lys et drapeaux blancs clandestins ou rebelles des années 1763-1792 donnent le ton. Détachés de la monarchie française défaillante, ils furent symboles de résistance face à la domination impériale imposée.
Hérités du passé français, reconnus par les Autochtones, ils permettaient d’affirmer dans le présent la légitimité propre d’un peuple annexé. Retournés par le pouvoir britannique et la contrerévolution à partir de 1793, les lys fanèrent au profit des tricolores (patriote et français), en opposition sourde à l’ordre en place. C’est lorsqu’à son tour le tricolore fut mis au service de l’impérialisme britannique et de l’assujettissement des Québécois — en 1917 et 1944 — que les lys reparurent, mais avec un sens populaire de résistance nationale, faisant écho à celui qu’ils avaient eu durant les lendemains de la Conquête. C’est à ce titre qu’ils furent adoptés par la population et, à mon sens, qu’ils flottent toujours sur le Québec.
En paraphrasant Falardeau constatons que les peuples se défendent avec les armes qu’ils trouvent. Et les lys, tombées icitte des mains des Bourbon, sont, à tout prendre, de belles et bonnes armes, qu’il faut savoir manier.

Références
- ^ C’est ainsi que depuis le milieu du XIXe siècle on nomme cette bannière religieuse du XVIIIe siècle, prise, après sa redécouverte, pour un drapeau militaire de la guerre de Sept Ans et, pour les besoins de la cause, replacé dans le contexte de la victoire de Carillon.
- ^ https://ssjb.com/jour-du-drapeau-21-janvier-2021/
- ^ https://www.tiktok.com/@generationoui/video/7515899619944041784
- ^ Nicolas, E. (2020). Maîtres chez l’Autre. Liberté, (326), 42–46.
- ^ https://www.youtube.com/watch?v=uX6h2VDP11c&t=528s











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