« Notre maître le passé » - Lionel Groulx
Depuis la défaite de la France sur notre territoire en 1760, les Anglais ont été partagé entre le fantasme de notre assimilation et l'obligation de concessions politiques pour contrer la menace venue du Sud. Ces menaces périodiques ont marqué les temps forts de notre destin national, et nous a permis à chaque fois de dégager un espace politique pour se constituer en État national.
Il suffit d'un bref retour sur le rôle qu'ont pu jouer ces menaces périodiques venue du Sud, pour comprendre les véritables raisons (rien à voir avec la bienveillance) pour lesquelles les Anglais ont été FORCÉS de consentir à la reconnaissance statutaire de notre Nation par, l'Acte de Québec de 1774 et la Confédération de 1867. Les raisons d'être de ces statuts constitutionnels résument et portent l'histoire.
1774, l'Acte de Québec : Guy Carleton
Cette constitution résulte, non pas de la bienveillance de la Couronne anglaise envers des « vaincus»», mais bien de la défense de ses propres intérêts à conserver sa colonie en Amérique sujet à la menace venue du Sud, et du rapport de force des Habitants dans ce contexte historique (la politique est fait d'intérêts, de rapport de forces et d'effectivité).
Rapport de force dont Carleton avait pris l'exacte mesure dans cette missive historique, et une des clés fondamentales de notre histoire :
CARLETON A SHELBURNE. Québec, 25 novembre 1767.
MILORD,
[...]
« Le nombre de troupes du roi allouées pour cette province lorsque celles-
ci seront au complet et en bonne santé, y compris les officiers et les soldats,
atteindra le chiffre de seize cent vingt-sept hommes,..
Les nouveaux sujets pourraient mettre en campagne environ dix huit
mille hommes très propres à prendre les armes, dont la moitié à peu près ont
servi avec autant de valeur et avec plus de zèle que les troupes régulières de
France qui leur étaient adjointes, sans compter qu'ils étaient plus familiers
avec les méthodes militaires de l’Amérique. [...] »
Archives canadiennes, Q 51. p. 260
D'où le besoin impératif pour Carleton de s'assurer de la loyauté des Habitants ou sinon de leurs neutralités face à la menace au Sud qui allait devenir de plus en plus précise. De là son déplacement à Londres de 1770 à 1774, pour convaincre la Couronne anglaise de consentir à l'Acte de Québec de 1774. La Grande Charte qui rétablit notre statut politique de Nation. Tout juste à temps pour éviter que les Habitants répondent favorablement aux lettres To The Habitants (**) du Congrès continental, les enjoignant à rejoindre l'invasion américaine en 1775. L'auraient-ils fait que, laisser seul avec les américains vingt fois plus nombreux, dans une Amérique s'étendant du Rio Grande jusqu'au Père Noël, que nous serions devenu la Louisiane du Nord.
Les Habitants en choisissant la neutralité est devenu, par la force des choses, l'arbitre entre les deux puissances anglaises, et ainsi un acteur central de la configuration actuelle des États de l'Amérique du Nord ! Pas mal pour des loosers.
Rappelons que celui qui gagne la guerre est celui qui demeure sur le terrain après la bataille, et nous sommes DEUX ! Pour nous, la Guerre de Sept Ans se poursuit...
1839-1840 : Lord Durham et Lord Elgin
Suite au rapport Durham (1839) et à l'Acte d'Union (1840) visant notre assimilation, le gouverneur Lord Elgin va changer son fusil d'épaule sur le fantasme de l'assimilation. Sa hantise c'est ce Papineau et sa promotion d'annexion aux États-Unis. Cette hantise de l'annexion est ce qui va FORCER la suite. Lord Elgin a laissé de l'espace politique aux Canadien-français. L'Église va prendre la suite pour devenir l'armature de l'État, portant la trame nationale en assumant les missions essentielles du peuplement et de la mise en valeur du territoire (La Revanche des berceaux et Emparons nous du sol). Missions déterminantes qui vont influer sur le partage des juridictions lors de la Confédération de 1867 (Union d'États associés, comme le rappelle le ministre Simon Jolin-Barrette).
1867 : Georges Brown
Le retour de la menace venue du Sud : La Guerre de Sécession est terminée au Sud en 1865, et des forces américaines démobilisées (3000 irlandais) attaquent le Niagara en 1866. Cette menace venue du Sud FORCE Georges Brown (Le véritable Père de la Confédération) va consentir à un « Pacte entre deux Races ....celle des vainqueurs et des vaincus », mais sans abandonner son fantasme de l'assimilation des Canadiens français, comme le confirme une lettre à sa femme : « Is it not wonderful, french canadianism entirely extinguished ! »
Ce partage des juridictions de 1867, s'il avait été respecté, nous aurait suffit à dégager un espace politique pour cheminer plus aisément vers un État national... souverain. Mais ce Pacte n'a jamais cessé d'être violé par ceux qui fantasment toujours sur notre assimilation. La constitution de 1982, qui se fonde sur la négation de notre statut de Nation et qui vise à nous réduire, de Peuple fondateur à l'échelle d'un groupe ethnique, en est la preuve.
2026 : L'Histoire réin-Carney ?
Notre Nation a profité de chaque menace venue du Sud pour se dégager un espace politique et poursuivre l'objectif de l'édification de notre État national; le seul instrument qui donne à notre Nation une prise sur son DESTIN.
Dans ce contexte de menace «trumpiste » où le Canada est en position de faiblesse critique, le Québec doit en profiter comme l'a fait l'Alberta avec l'Acte de souveraineté et sa menace d'indépendance, pour pousser au maximum son droit à l'autodétermination... jusqu'à la rupture.
Notre maître le passé
C'est dans le contexte d'une menace à l'unité canadienne, qu'un retour à Lionel Groulx, le Père de notre doctrine d'État, devrait nous servir de guide. Plus particulièrement sa réaction à un autre type de menace venue du Sud à son époque : la Grande Crise économique de 1929.
Groulx faisait le constat que la Confédération de 1867 risquait de ne pas survivre à cette menace qu'était cette Grande Crise. Et qu'il fallait donc dans cette perspective, préparer l'indépendance du Québec. Ce qui impliquait pour lui l'édification d'un État français qui soit VIABLE, sinon ce serait « changer nos chaînes pour d'autres chaînes »...il faudra du temps...il faudra des hommes...
Politique nationale oblige, « nous aurons déjà créé tous les organismes d’un État viable ». Après quoi l’indépendance sera « sans péril » et bien accueillie. (Lionel Groulx, p. 340)
Et une doctrine d'État pour pousser à la limite de la rupture le droit à l'autodétermination du Québec : « L’idée centrale de son discours (1937) reste de faire de l’État du Québec un État national, au lieu d’une province gouvernée à l’intérieur des limites tracées par la majorité canadienne-anglaise.». (Lionel Groulx, p. 377)
Doctrine d'État reprise par Daniel Johnson : édification de l'État national...sans demander la permission. Et par le ministre Simon Jolin-Barrette avec son projet de Loi sur une constitution d'État national. Pour ce dernier, comme pour Groulx, la souveraineté ne se réduit pas à un souhait mais bien à une somme d'investissement qui mène à un État VIABLE.
Depuis la défaite de la France sur notre territoire en 1760, notre bannière flotte dans les vents contraires de l'Histoire...une longue marche vers l'État national.
La Guerre de Sept Ans se poursuit ... La menace venue du Sud, un déterminant de notre destin national.













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