Le mépris anti-québécois de Marc Garneau

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L’aliénation suprême : « transformer en vertu cosmopolite l’expression la plus gênante du mépris de soi »

Marc Garneau, on me pardonnera la blague facile, vient de tenir des propos franchement lunaires.


À Ottawa, dans le cadre d'un comité parlementaire, il a expliqué sans gêne que le gouvernement fédéral ne devait pas consentir à une véritable autonomie pour le Québec en matière linguistique, car ce dernier en profiterait pour piétiner les droits de la minorité anglaise.



On croit rêver. La vieille légende trudeauiste voulant que les Québécois, laissés à eux-mêmes, seraient étrangers à la démocratie, et auraient besoin du cadre civilisateur incarné par le fédéralisme canadien pour se protéger d’eux-mêmes et de leurs réflexes autoritaires est de retour. 


Car telle était la conviction de Pierre Elliot Trudeau, et elle représente le principe invisible de la constitution de 1982, qui avait d’abord pour vocation de mettre en tutelle l’Assemblée nationale en matière linguistique, et d’accorder une forme de souveraineté en surplomb aux tribunaux canadiens, chargés de torpiller un jugement à la fois nos lois identitaires (faut-il rappeler que les Québécois n’ont jamais eu besoin des ordres d’Ottawa pour protéger les droits de la minorité anglaise?). 


Le régime de 1982 devait programmer l’impuissance politique québécoise. Il devait aussi dérégler nos représentations collectives. 


Du point de vue trudeauiste, on verra là une forme de réussite historique: la loi 101 de 1977 a été la cible d’une entreprise de déconstruction méthodique depuis 40 ans. 


Il serait exagéré de dire qu’il n’en reste plus rien. Mais on peut objectivement dire qu’il n’en reste plus grand-chose, au point, même, où nous ne la comprenons plus – à tout le moins, nous n’en comprenons plus les bases intellectuelles et les fondements sociologiques et historiques.


C’est le cas lorsqu’on entend certains affirmer que la loi 101 devrait désormais nous rendre indifférent à la langue maternelle et la langue parlée à la maison, comme s’il s’agissait d’indicateurs linguistiques périmés, alors qu’ils sont les premiers à témoigner de la vitalité culturelle d’un peuple. 


Comment peut-on s’imaginer que la langue publique commune n’a rien à voir avec la langue de la vie, sauf à réduire la première à une forme de technique de communication technocratique?


Nous avons appris à penser la langue avec les catégories trudeauistes, autrement dit – nous la réduisons à une technique de communication désincarnée et détachée du peuple dont elle est le noyau identitaire. Nous faisons même de la langue une réalité individuelle plutôt que collective. 


C’est ce qui fait que certains commentateurs farceurs malgré eux vont jusqu’à dire qu’il faut désormais désigner comme «francophones» ceux qui parlent le français d’une manière ou d’une autre, sans que ce concept ne réfère plus à la moindre appartenance nationale, à la moindre identité collective substantielle. 


Dans leur esprit, un anglophone qui parle aussi français devrait être catégorisé comme francophone. Il fallait y penser: modifions le sens des mots et nous pourrions dissimuler collectivement la régression du français. On y verra un signe de la colonisation mentale du Québec par le régime de 1982, qui mène une propagande constante pour déréaliser notre vision de notre propre réalité. 


Mais revenons à Marc Garneau: en reprenant cette vieille idée voulant que le peuple québécois, laissé à lui-même, soit autocratique et xénophobe, une thèse reprise aujourd’hui par la gauche multiculturaliste qui voit dans notre prétention à être une nation une forme de suprémacisme ethnique, il nous rappelle à quel point une partie de nos élites, habituée à évoluer dans les paramètres du régime fédéral, à la manière de francophones de service, a pu se faire une place dans ce pays qu’est le Canada en consentant, de la manière la plus morbide qui soit, à renier leur peuple. 


Tel est le secret mal gardé du Canada d’ailleurs: il n’est jamais parvenu à convaincre les Québécois d’embrasser fondamentalement une fédération issue d’une conquête. Il n’est jamais parvenu à faire de nous des Canadiens d’abord, et pour cela, il cherche à en finir avec nous. 


Alors pour nous canadianiser de l’extérieur, le régime d’Ottawa a créé les conditions institutionnelles pour pousser une partie de nos élites à faire preuve de déloyauté envers leur nation pour devenir les gardiens du régime. 


Voyons-y les conséquences mentales et identitaires de notre subordination politique, qui aura déformé au fil de l’histoire notre psychologie collective au point de transformer en vertu cosmopolite l’expression la plus gênante du mépris de soi. Marc Garneau en est aujourd’hui la représentation caricaturale.