La séparation de l’Église et de l’État a dû passer de nombreux écueils au Québec avant que pointent les premières lueurs d’une ébauche de laïcité. Aussi aura-t-il fallu attendre le 16 juin 2019 pour que soit adoptée par le Parlement du Québec la Loi 21 dite la « Loi sur la laïcité de l'État ». Par ailleurs aujourd’hui, cette loi fait l'objet de contestations judiciaires devant la Cour suprême du Canada, les opposants invoquant des atteintes à la Chartre canadienne des droits et libertés, le gouvernement, pour sa part, affirmant que la loi assure la neutralité de l'État et l'égalité de tous ses citoyens.
Or dans la foulée de ce débat, un comité d’experts mené par Christiane Pelchat, ex-présidente du Conseil du statut de la femme et Guillaume Rousseau, professeur à la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke, formule, dans un rapport, 50 recommandations visant à renforcer la laïcité au Québec en balisant les principes qui régissent la Loi 21. Inspirés par le chaos vécu à l’école Bedford, notamment l’entrisme religieux qui proliférait depuis des années, les coprésidents recommandent entre autres d’étendre l’interdiction des signes religieux au personnel des centres de la petite enfance et des garderies subventionnées, comme c’est déjà le cas pour les enseignants et les employés de l’État en position d’autorité. Dans ce mouvement, les éducatrices et autres membres du personnel devraient également garder le visage découvert en tout temps.
Au cours de leurs travaux, les deux experts ont été informés de plusieurs cas où la religion est venue interférer avec le caractère laïc de la société québécoise. À titre d’exemples, de plus en plus d’enfants jeûnent à l’école durant le ramadan, au cégep, des professeurs doivent enseigner à des étudiantes au visage couvert, des enfants sont retirés des classes lors des cours de sexualité, la pression est forte, dans les cégeps et les universités, pour convertir des locaux en salles de prières, le grand nombre d’absents lors de congés religieux crée de nombreux conflits d’horaire, etc.
La Loi 21 détermine les principes dans lesquels doit évoluer la laïcité québécoise. Le temps est maintenant venu d’y ajouter des balises claires lui permettant de parvenir à ses fins. En somme, les recommandations des deux coprésidents du comité spécial viennent apporter de l’eau au moulin en ciblant concrètement les pans de société touchés par des comportements réfractaires à une laïcité assumée... C’est une simple question de gros bon sens.
Henri Marineau, Québec
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