Affaire Dumont : notre Justice viciée à l'affiche

Tribune libre

C’est confirmé : la saga judiciaire de Michel Dumont, accusé à tort en 1990 d’agression sexuelle, sera bientôt portée à l’écran. Podz, auteur de 10 ½, Les sept jours du Talion etMinuit le soir,réalisera le film conçu comme « une histoire contemporaine de David et Goliath ». « C’est une histoire très forte qui questionnera notre système judiciaire et la notion d’innocence », affirme la productrice Nicole Robert, dont la feuille de route n’est plus à présenter. Sans être un documentaire, le film entend serrer de très près les événements, comme le précise la scénariste Danielle Dansereau, après avoir passé au peigne fin de nombreuses boîtes de documents. Avec Podz, elle a de plus interviewé un grand nombre de personnes liées au dossier, dont bien sûr Dumont lui-même et Solange Tremblay, l’épouse qui l’a soutenu tout au long de son périple à travers son enfer judiciaire.

Il faut admettre que l’annonce de ce film arrive à point nommé, alors que Claude Bilodeau, acquitté grâce aux preuves déterminantes qui ont rendu biodégradables les accusations de sa plaignante, n’en a pas moins passé trois mois en prison en plus de se voir accolé le surnom peu engageant de « monstre au cellophane ». Son accusatrice avait en effet prétendu avoir été momifiée avec cette pellicule avant d’être agressée sexuellement. Le nom de cet homme en est un de plus à ajouter à une liste trop longue qui comprend, en plus de Dumont, Fernand Halde, Harold Bouchard, Éric Lapointe et de nombreux pères et ex-conjoints. Plus récemment, l’auteur à succès Maxime Roussy s’est vu crucifié sur la place publique avant même la tenue de son procès, prévu en juin.

Tourner la page, mais quand ?

«Après dix ans, il serait temps que tout le monde tourne la page et qu’on passe à autre chose.» C’est ainsi que s’exprimait en 2006 la mère de Simon Marshall, ce jeune homme handicapé victime d’une erreur judiciaire qui lui a valu d’être condamné pour des viols qu’il avait avoués sans les avoir commis. Incarcéré pendant sept ans, l’homme de 33 ans avait été victime de sévices à répétition dont il gardera des séquelles permanentes. Les gouvernements québécois et fédéral lui avaient finalement versé 2,3 M $ à titre de dédommagement. Convenons qu’il est difficile pour des dirigeants de ne pas intercéder en faveur d’une personne handicapée sans perdre la face.

À la même époque, Michel Dumont, un électricien accusé à tort d’agression sexuelle, tentait toujours vainement d’obtenir réparation auprès du ministre de la Justice du Québec de l’époque, Yvon Marcoux. Dumont avait pourtant été blanchi unanimement, le 22 février 2001, par trois juges de la Cour d’appel du Québec des accusations d’agression sexuelles portées contre lui. Allez savoir pourquoi, ce verdict ne suffisait pas au ministre. Ajoutant l’injure au mépris, il exigeait que Dumont subisse un nouveau procès, bien que son casier judiciaire ait été effacé après que son accusatrice eut reconnu s’être trompée en 1997 sur les ondes de Télé-Québec devant l’animateur Jean-Luc Mongrain, puis à l’émission Enjeux de Radio-Canada. Apparemment, M Marcoux ne suivait pas l’actualité.

Le cauchemar

Le cauchemar de Michel Dumont débute le 20 novembre 1990 quand une femme porte plainte à la police de Boisbriand pour séquestration, menaces et agression sexuelle commises par un homme portant des tatouages sur les avant-bras. Malgré un solide alibi et l’absence évidente de tatouages, Michel Dumont est néanmoins reconnu coupable le 25 juin 1991, allez savoir sur quelles bases. Ajoutant la cerise de la négligence sur le sundae de l’incompétence, la police ne procède à aucun test d’ADN, pas plus qu’elle ne prélève d’empreintes. La juge Céline Pelletier, qui préside son procès, est suspendue de ses fonctions pour conduite en état d’ébriété. Dumont doit patienter quatre mois en prison en attente de sa sentence; elle sera fixée à 52 mois par la magistrate qui, là non plus, ne pêche pas par excès de sobriété.

Le 23 juin 1992, la plaignante signe une déclaration solennelle qui innocente formellement Michel Dumont. Dieu sait pourquoi ce document ne parviendra jamais à la défense et l’appel de Dumont sera rejeté le 14 février 1994. Il purgera sans aucune raison 34 mois de prison. L’ancienne accusatrice répète à deux enquêteurs indolents qu’elle s’est trompée avant que l’épouse de Dumont n’obtienne du ministre fédéral de la Justice, Allan Rock, que son dossier ne soit reconsidéré. Que serait devenu Dumont sans la persévérance d’une telle femme ? Le 10 février 2000, une représentante du ministère reçoit le témoignage de l’ex-plaignante. Le 4 octobre suivant, la cour d’appel est saisie du dossier avec le résultat que l’on sait.

Quand même l’ONU ne suffit pas…

Que Dumont ait été victime d’une telle suite de bourdes, aussi grossières que dégradantes, dépasse l’entendement. Que sachant cela, des ministres insensibles se soient successivement réfugiés derrière un barrage procédurier pour ne pas faire leur devoir et rendre enfin une vraie justice est inconcevable. Comme Simon Marshall et sa famille, il serait grand temps que Michel Dumont et son épouse puissent enfin tourner la page et passer à autre chose.


Avant de perdre un nouveau procès en 2009, qui visait cette fois le procureur général du Québec au montant de 2,5 M $ pour lui et sa famille, Dumont avait conclu une entente confidentielle de dédommagement avec la Ville de Boisbriand.

En mai 2010, il devait recevoir un appui de taille, alors que le Haut-Commissariat des Nations Unies lui donnait raison. Le Canada est en effet signataire du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) de l’ONU, également ratifié par une centaine de pays. Selon l’article 14, paragraphe 6 de ce document, Dumont a droit à une indemnisation du gouvernement puisque sa condamnation a été annulée. Ça ne peut pas être plus clair. Au cas improbable où l’actuel ministre de la Justice du Québec, Jean-Marc Fournier, et son homologue fédéral, Rob Nicholson, liraient cette chronique, voici, pour que ce soit encore plus clair, le libellé de l’article :

« Lorsqu’une condamnationpénale définitive est ultérieurement annulée ou lorsque la grâce estaccordée parce qu’un fait nouveau ou nouvellement révélé prouve qu’il s’est produit une erreurjudiciaire, la personne qui a subi une peine en raison de cette condamnation seraindemnisée, conformément à la loi (…) »

Vous serez sans doute étonnés d’apprendre que le Canada a eu l’outrecuidance de s’obstiner à demander à Dumont de prouver son innocence (sic!). En date du 27 mai 2010, les gouvernements fédéral et provincial avaient six mois pour se plier aux recommandations de l’ONU en faveur de Dumont, qui réclame plus de 2 M $ en compensation. Douze mois sont passés. Vos conclusions ?


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6 commentaires

  • Olivier Kaestlé Répondre

    15 décembre 2011

    Le signalement de l'agresseur supposé de l'accusatrice de Dumont ne concordait en rien avec celui de ce dernier, notamment en raison de tatouages décrits que Dumont n'a jamais portés. Pas de place ici pour une thèse du sosie, ou d'autre chose...

  • Archives de Vigile Répondre

    14 décembre 2011

    Madame Lechasseur, celle qui a accusé Michel Dumont était convaincue que Michel Dumont était en prison lorsqu'elle pensais l'avoir reconnue dans un club video. C'est ce qui explique sa retractation mais dans les faits Michel Dumont était libre comme l'air.
    Un sosie dans la même ville ? Dur a croire.

  • Olivier Kaestlé Répondre

    27 mai 2011

    @ Hermil Lebel Excellent topo, Hermil, auquel je ne vois rien à ajouter. Ce n'est pas d'hier que nous ramons dans la même direction. Je crois sincèrement que nous allons finir par devenir contagieux au point de devenir épidémiques. L'esprit critique et celui de justice sont de saines maladies dont il ne faut surtout pas guérir. Salutations.

  • Olivier Kaestlé Répondre

    27 mai 2011

    @ Adam Richard Votre mot me va droit au coeur et confirme la communauté de valeurs et de pensée que j'avais déjà constatée dans vos excellents textes, jalon indispensable parmi plusieurs qui mèneront, souhaitons-le, à une réforme de toute urgence de l'incurie globale d'un système.
    Je suis tout aussi d'accord avec vous sur la question de la souveraineté : avant de courir, commençons par marcher; avant de monter dans l'avion, assurons-nous d'un pilote.
    À mon tour, M Adam, de vous féliciter pour la pertinence de vos actions qui m'encouragent, de mon côté, à ne pas baisser les bras. Les journalistes ayant pris le parti de ne pas faire de vagues et de ne pas perturber un climat nauséabond trop souvent conditionné par un féminisme radical toxique, il incombe à nous, citoyens qui refusons le joug d'une société inquisitoriale, de prendre position.
    À force d'acharnement et, comme le monde soi-disant ordinaire sera de mieux en mieux informé par les médias sociaux, peut-être nos médias se résigneront-ils, devant le poids de l'opinion publique, à faire leur boulot correctement et à se montrer enfin dignes du "droit du public à l'information", à propos duquel ils plastronnent bien plus qu'ils ne le défendent.
    Ne lâchons pas, M Adam, les enjeux sont trop importants pour nos enfants, garçons comme filles, le Québec de demain. Cordiales salutations.

  • Archives de Vigile Répondre

    27 mai 2011

    La triste histoire vécue par Michel Dumont illustre l’état des lieux lorsque l'institution de la justice est assujettie à une idéologie déviante, le féminisme d’état. À tous les jours, des agents de polices procèdent à l’arrestation arbitraire de pères de famille qu'ils savent être parfaitement innocents et ce sans avoir l’initiative d’effectuer la moindre enquête. La police est autorisée à violer les droits fondamentaux des citoyens de sexe mâle depuis la mise en œuvre de l’infâme « politique d'intervention en matière de violence conjugale » adoptée sans la moindre discussion au milieu des années '80 sur la base d'un grossier mensonge. À l'époque, la propagande gouvernementale nous assommait avec le chiffre magique de 300 000 femmes battues chaque année au Québec http://bit.ly/fBjZBq. Une simple demande d’accès à l’information nous aura permis de débusquer l’imposture, mais sans que la politique ne soit répudiée pour autant.
    Depuis, dès qu'une femme en mal de contrôle manifeste le désir de se débarrasser du conjoint, il lui suffit de composer le 911 et la machine répressive se déploie dans toute sa vigueur sans égard aux faits. Plus grave encore, les policiers, agents de première ligne, savent qu’ils seront protégés dans leurs malversations par la mafia féministe qui a pénétré dans tous les lieux de pouvoir pour y semer son venin. Jamais la déontologie policière n’interviendra pour contrer ces abus commis au nom de la vertu. En outre, la couronne et la magistrature cautionnent ces pratiques arbitraires tout autant que le silence complice des journalistes à la solde des intérêts corporatistes dictés par les groupes de pression. « … chaque fois que le système de justice accuse à tort, il perd un peu de crédibilité et lorsqu’il condamne faussement une personne innocente, il se dégrade de façon irréparable. » dixit Jacques Larochelle cité dans le journal de Montréal, dimanche le 30 mars 2003, p. 35. Pensez y la prochaine fois que vous entendrez parler de violence conjugale car si vous êtes un homme, vous pourriez être le prochain sur la liste…
    Lorsque les pères de famille réunis sous la bannière de Fathers-4-Justice ont organisé l'opération de sensibilisation publique au sujet de la corruption judiciaire en 2005 par le biais de deux spectaculaires ascensions sur la structure du pont Jacques-Cartier, le mot corruption ne faisait pas encore partie du vocabulaire en vogue dans la sphère médiatique. Aujourd'hui, ce mot est de toutes les conversations et nous est servi inlassablement à tous les jours dans les mass média. La corruption au sein de la société en général n'est possible qu'en raison de la complaisance du système judiciaire qui entretient une relation incestueuse avec la politique. Or sans un système de justice indépendant, nous sommes confrontés davantage à une tyrannie qu’à une démocratie. Curieusement, la plupart des gens sont sceptiques lorsqu'il est question de corruption judiciaire. Comment une telle chose pourrait-elle possible dans le « pluss meilleur pays au monde »? Pour les sceptiques, en voici donc un exemple probant qu'un enfant de 10 ans serait en mesure de comprendre, documenté hors de tout doute raisonnable à même les originaux produit par la cour.
    http://bit.ly/evX2IN
    Maintenant, si le conseil de la magistrature faisait effectivement son travail, il y aurait de temps en temps un juge qui se ferait taper sur les doigts. Car des juges qui se moquent de l'institution qu'ils ont pourtant fait le serment de servir avec honneur et intégrité, il est existe beaucoup plus que le silence médiatique à ce propos pourrait nous le laisser croire. L'exemple donné en lien illustre le phénomène hors de tout doute raisonnable, que les gens de bonne foi sont en mesure de comprendre. Espérons que l’œuvre en chantier permettra à la communauté judiciaire de reprendre contact avec la réalité.

  • Archives de Vigile Répondre

    27 mai 2011

    M. Kaestlé,
    Comme toujours, j'ai trouvé votre article d'une pertinence percutante. Certains lecteurs se demanderont sûrement en quoi cet article est pertinent sur un site se voulant traiter prioritairement de souveraineté; à ceux-là je répondrai qu'avant de vouloir signer un nouveau bail (faire la souveraineté), il est plus qu'impératif de faire le tour du propriétaire et d'en lister les vices cachés, pour à la fois éviter des mauvaises surprises une fois le "bail" signé et pour planifier les mesures appropriées pour corriger les situations problématiques au moment de la prise de possession du dit "logement".
    Pour avoir couvert également certaines problématiques liées au système judiciaire québécois, entre autre par le scandale de la DPJ et par l'Affaire Godmé en particulier (http://particitoyenduquebec.blogspot.com/2011/03/letat-du-droit-dans-un-soit-disant-etat.html), je peux attester que les actuels ministres de la Justice et celui de la Sécurité Publique souffrent autant d'incurie et d'incompétence que ceux mentionnés dans votre article, ce qui me porte à dire, sans nuances aucunes, que c'est tout notre système judiciaire et légal qui est vicié et corrompu, sans oublier bien sûr notre très charmante force policière.
    Pour quiconque que la souveraineté du Québec représente plus que de faire un "X" dans la bonne case, il s'agit-là d'une très grave problématique dont on se doit impérativement de tenir compte dans le contexte de l'accession à la souveraineté d'une nation et dans l'élaboration d'un projet de société.
    En mon nom personnel et en celui des victimes d'erreurs judiciaires à qui vous venez en aide, je vous remercie et félicite pour votre superbe travail de chroniqueur judiciaire.
    Sincèrement vôtre,
    Adam Richard
    Porte-Parole, Démocratie 2.0 - Québec