Les Nordiques et la souveraineté

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Du n’importe quoi pour contrer PKP

Au printemps 1995, le hasard m’avait conduit dans la salle d’attente d’un studio de télévision où se trouvait également Jean Campeau, alors ministre des Finances dans le gouvernement Parizeau. Au détour de la conversation, je lui avais soumis que laisser partir les Nordiques à la veille du référendum risquait de nuire aux chances du Oui à Québec.

Non seulement les partisans des Nordiques en voudraient au gouvernement, mais leur départ risquait aussi de créer un climat défaitiste peu propice aux décisions audacieuses comme celle de quitter le Canada. M. Campeau m’avait gentiment fait comprendre qu’il tenait mes propos pour de la pure foutaise. Quel rapport pouvait-il y avoir entre une cause aussi noble que l’indépendance et un loisir aussi trivial que le hockey, n’est-ce pas ?

Cette semaine, François Legault a renversé l’équation. À l’en croire, c’est maintenant le désir d’indépendance de leur éventuel propriétaire qui nuirait au retour des Nordiques. Les bonzes fédéralistes de la LNH, plus particulièrement les propriétaires des Maple Leafs de Toronto et du Canadien de Montréal, ne voudraient pas d’un mouton noir séparatiste comme Pierre Karl Péladeau dans leurs rangs.

La tenue de deux élections partielles dans des circonscriptions de Québec le 8 juin prochain n’est évidemment pas étrangère à cette intervention. Les chances de la CAQ dans Jean-Talon sont nulles, mais une défaite dans Chauveau, où Gérard Deltell l’avait remporté haut la main à la dernière élection générale, serait désastreuse.

M. Legault n’est cependant pas le seul à penser que les ambitions politiques de M. Péladeau sont devenues un obstacle au retour des Nordiques. Le ministre responsable de la région, Sam Hamad, qui doit en faire la promotion, n’a pas voulu en rajouter, mais il s’est bien gardé de le contredire.

Bien entendu, le Canadien s’est aussitôt dissocié des « suppositions » du chef caquiste, rappelant que son propriétaire, Geoff Molson, a exprimé à plusieurs reprises son désir de voir une concession de la LNH revenir à Québec. Il ne peut évidemment pas s’y opposer publiquement, mais pourquoi le Canadien voudrait-il partager un marché dont il a actuellement le monopole ?


Le député péquiste de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, a fait valoir que la présence d’un gouvernement souverainiste, qui avait promis la tenue d’un référendum, n’avait pas empêché l’entrée des Nordiques dans la LNH en 1979. S’il était un libéral notoire, Marcel Aubut ne menait cependant pas une carrière politique en parallèle. Le problème n’est peut-être pas tant que M. Péladeau est souverainiste, mais qu’il est maintenant un politicien. Ce mélange des genres est généralement peu apprécié dans le milieu des affaires.

Le maire Labeaume a parfaitement raison de dire que la priorité de la LNH est l’argent. Le principal problème est précisément que Québec n’est pas l’endroit où il y en a le plus, même si tout le monde reconnaît que c’est une formidable ville de hockey. Certes, l’imposition d’un plafond salarial a changé la donne, mais Québec demeure un petit marché à l’échelle de la LNH.

Pour l’emporter sur des villes qui offrent un meilleur potentiel, Québecor devra trouver des alliés convaincants parmi les autres propriétaires de clubs. S’ils ne veulent pas d’un collègue politicien, ils n’auront même bas besoin d’imposer leur veto à la candidature de Québec, il leur suffira de laisser libre cours aux lois du marché.


Il reste que le retour des Nordiques serait une excellente nouvelle pour le PQ et le mouvement souverainiste en général. Depuis 2003, Québec est une véritable terre de Caïn pour le PQ. Seule Agnès Maltais arrive à se maintenir dans Taschereau. Si son chef ramenait le hockey professionnel dans la capitale, il ne fait pas de doute que plusieurs lui en seraient reconnaissants.

M. Péladeau s’est donné pour mission de faire la démonstration qu’un Québec indépendant serait non seulement viable, mais qu’il serait même plus prospère qu’il ne l’est présentement. La fierté est cependant un autre élément indispensable à la réussite du projet souverainiste. Les Québécois étaient fiers de leur équipe de hockey, même dans les années difficiles. Elle était en quelque sorte la preuve qu’eux aussi pouvaient jouer dans les ligues majeures, comme le Québec aurait sa place dans le concert des nations.

Partout dans le monde, le sport est un puissant vecteur du nationalisme. Bien sûr, le Canadien demeurera toujours auréolé de sa longue et glorieuse tradition, mais un club de hockey drapé dans le fleurdelisé, qui ferait sans doute un effort particulier pour recruter des joueurs francophones, n’en constituerait pas moins un puissant symbole. D’ailleurs, François Legault l’a bien dit : il serait le premier à applaudir le retour des Nordiques.


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