Crise de l'euro

Le pied de nez

Géopolitique — Union européenne

Depuis le début de la crise de l'euro, il y a deux ans et quatre mois de cela, tout ce que le Vieux Continent compte de dirigeants a participé à une vingtaine de sommets. À la faveur du dernier d'entre eux, ici et là, on avançait que le pire était chose du passé. Mais voilà que les péripéties que connaissent ces jours-ci la Grèce, l'Espagne et l'Italie viennent de glacer les espoirs, au point que de nouvelles rencontres ont été inscrites à l'agenda des politiciens. Le énième acte d'un psychodrame qui provoque des ulcères jusqu'aux États-Unis et en Chine a débuté, une fois encore, sur les hauteurs d'Athènes, lorsqu'Antonis Samaras, premier ministre depuis le 20 juin dernier, a martelé que l'ampleur de la récession est telle qu'il fallait que l'Europe lui accorde un répit. Mais encore ? Samaras a réclamé deux années supplémentaires pour atteindre les cibles fixées en matière budgétaire et demandé une rallonge de 50 milliards, à moins que les créanciers ne tirent un trait sur une bonne partie de la dette. Ensuite, mais cette fois en Espagne, deux régions ont lancé un appel au secours auprès de l'État central parce qu'elles sont tout simplement en faillite technique. Tout logiquement, ce pied de nez politico-économique a renforcé l'idée que le plan d'aide accordé aux banques espagnoles est largement insuffisant, car les défis budgétaires s'avèrent plus amples que prévu. Il n'en fallut pas moins pour que le premier ministre Mariano Rajoy exige, et avec raison, que la Banque centrale européenne (BCE) intervienne sur les marchés afin de réduire le taux d'intérêt imposé. À plus de 7 %, le pays est plongé dans la zone des grands risques. En agissant de la sorte, le chef de l'exécutif espagnol faisait écho à la requête tout aussi justifiée du premier ministre italien Mario Monti, qui juge que les taux ne correspondent pas du tout aux réformes entreprises. Le hic ? La BCE ne peut toujours pas prêter directement aux États. Quant au Mécanisme européen de stabilité (MES) créé lors du sommet de juin, il ne sera pas opérationnel avant septembre, et encore faudra-t-il que la Cour constitutionnelle allemande donne son aval. On notera que face à des marchés qui impriment leur influence à la nanoseconde, nous avons des États qui fonctionnent à pas de tortue. Bref, l'inadéquation entre les deux est totale, absolue. Au milieu de ces entrelacs économiques qui laissent envisager une sortie de crise beaucoup plus longue et pénible que prévu, Monti a laissé entendre que son pays n'accepterait pas de plan d'aide européen et qu'il refusera toute tutelle de la troïka. Autrement dit, si la situation italienne se dégrade au point qu'un choix cornélien s'impose, alors Monti sera plus enclin à sortir de l'euro qu'à y rester. À la grande différence des autres membres de la zone euro, il faut savoir, c'est à retenir, que l'Italie serait la nation la moins touchée par une fin de la monnaie unique. Dans les milieux initiés aux trous noirs de l'économie, on chuchote même que l'Italie est le seul pays qui aurait avantage à voir imploser l'euro. En effet, selon une étude effectuée par les économistes de Bank of America, l'Italie combinant une industrie touristique considérable à une industrie automobile importante et un tissu de PME très créatives et très portées vers l'exportation, elle aurait intérêt à quitter l'euro à cause, justement, de sa force. A contrario, les pays qui perdraient le plus seraient l'Allemagne et l'Autriche, soit précisément les deux nations qui ont tiré le plus d'avantages d'un euro fort. Par une de ces ironies dont l'histoire a le secret, entre les divers faits évoqués, Moody's s'est manifestée. Et pour annoncer quoi ? Que le Luxembourg, les Pays-Bas et... l'Allemagne étaient désormais sous perspective négative. Entre les avertissements servis par Monti, l'étude de la Bank of America et les agissements de Moody's, il est évident que l'on a assisté à un ébranlement, mais pas encore un renversement, des rapports de forces qui lient les partisans de l'orthodoxie monétaire menés par Angela Merkel et ces nations dites du club Med que certains élus allemands, hollandais et autres nordistes aimeraient bouter hors de la zone. Chiche ?



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