Le salut dans la fuite
13 février 2025
13 février 2025
Bonjour M. Marineau,
Merci encore de votre texte; il est révélateur d’un cancer sociologique incurable.
C’est votre dernière phrase qui m’a fait sursauter :
“Dans un tel contexte démobilisant, il n’est pas étonnant que le nouveau médecin qui aspire soigner des personnes malades puisse commencer sa carrière dans un climat propice à répondre à ces aspirations, on ne peut plus, légitimes.”
Il me semble que vous culpabilisez le système et le gouvernement tout en laissant les jeunes diplômés sans faute quant à leur conscience de vouloir soigner les personnes malades; libre à vous, mais je me demande ce que dirait Jacques Ferron, Serge Mongeau, Nérée Beauchemin et combien d’autres médecins de campagne et des petites villes d’antan qui n’ont certes pas encaissé les revenus qu’alloue notre système de santé actuel. Qu’est-ce qui anime vraiment nos jeunes diplômés dans leur “vocation” (ou carrière) de médecin?
Quand j’ai échangé dernièrement sur la vocation d’enseignant, je me souviens d’avoir mentionné que ce n’était pas là le plus beau métier du monde, mais une vocation qui était exigeante et importante; il semble que les professeurs en médecine aux universités du Québec ont oublié de mentionner que pratiquer la médecine, c’était d’abord aussi une vocation : soigner les malades.
Une jeune psychiatre me l’a rappelé en 2016 : voici ce que Ouanessa Younsi (née en 1984 : psychiatre et poète) écrit sur la 4e de couverture de son livre “Soigner Aimer” :
“Soigner est une variation du verbe aimer. Il faut aimer nos patients.
On espère d’un chirurgien qu’il opère bien. Jusqu’à ce qu’un robot le remplace. De psychiatre, on attend savoir et écoute. Une machine peut prescrire des pilules mieux que lui, mais ne peut aimer mieux que lui. La médecine exige techniques et connaissances, mais cela ne suffit pas, particulièrement en psychiatrie, où la relation est le coeur et le noeud.
Nous sommes encore des humains.”
J’ajouterais qu’être humain c’est autre chose que d’être capitaliste. Mme Younsi m’a beaucoup inspiré dans mon projet d’enseigner l’amour, l’art d’aimer aux ados à même leur cursus scolaire du secondaire: 5 années cruciales pour apprendre et comprendre ce que c’est que d’aimer et de le pratiquer le reste de leurs jours.
François Champoux, Trois-Rivières
