Branle-bas de combat entre la gauche et la droite

Le mot « woke », médaillé d’or en 2025

Brigitte Bardot, victime de son authenticité

Tribune libre

D’« éveillé » qu’il était dans la communauté afro-américaine dans les années 1960 en pleine lutte pour les droits civiques, le mot « woke » [awaked] a dévié aujourd’hui vers une connotation péjorative pour désigner quelqu’un de moralisateur ou de prétentieux, imposant ses valeurs dites progressistes aux autres.

Dans cette foulée, l’arrivée de Donald Trump à la présidence des États-Unis en 2016 mais plus particulièrement en 2024 a suscité un virage à 180 degrés ouvrant la porte au wokisme d’extrême droite en contrepartie au wokisme de gauche, chacun des opposants défendant ses opinions divergentes sur un sujet commun. Ainsi la politique d’immigration ségrégationniste du président républicain s’oppose catégoriquement à l’ouverture aux minorités raciales du clan démocrate, tous deux s’accusant mutuellement de « wokistes ». Somme toute, le "wokisme de droite", incarné par l’administration Trump, consiste à adopter une posture symétrique au wokisme de gauche en valorisant l’excès inverse : immoralité revendiquée, provocations écologiques ou défense symbolique des Blancs soi-disant discriminés.

Dans un tel contexte ratissant large sur des concepts idéologiques variés entre les wokistes de droite et ceux de gauche, il n’est donc pas surprenant que le mouvement wokiste ait traversé le sud de la frontière pour progressivement s’implanter au Québec principalement dans les médias sociaux. Et toute cette tornade dans un déferlement de qualificatifs le plus souvent irrespectueux, voire assassins.

Aujourd’hui, le mot « woke » siège sur le trône des mots les plus utilisés dans les médias et méritent amplement la médaille d’or en 2025. Toutefois, je suis plutôt d’avis qu’il perdra peu à peu de sa notoriété compte tenu de l’éventail à l’infini de sujets qu’il aborde et de facto, d’une vacuité sémantique qui risque de lui être fatidique.

Brigitte Bardot, victime de son authenticité

Incarnation du paroxysme de la beauté pendant des décennies, Brigitte Bardot (BB) n’en a pas moins subi les critiques acerbes, voire éhontées, de l’extrême gauche dans sa deuxième vie à l’égard de ses positions, notamment sur l’immigration massive dans son pays.

Brigitte Bardot était authentique, elle disait sa vérité toute nue, sans fioriture, sans s’encombrer des subtilités mondaines bienséantes. Et de ce fait, la gauche radicale n’allait pas manquer l’occasion de sa mort pour faire rejaillir sans ménagement ses positions sur l’immigration. Des positions qui valurent d’ailleurs à l’icône de la beauté une condamnation pour « délit d’opinion ».

Dans son billet paru dans Le Journal du 31 décembre sous le titre Elle s’appelait Brigitte Bardot, Mathieu Bock-Côté résume assez bien le contexte socio-politique dans lequel le décès de Brigitte Bardot canalise les effluves verbales de ses détracteurs. En voici un extrait : « Convenons-en: la gauche radicale est une gauche haineuse, déshumanisant tous ceux qu’elle déteste, mais elle le fait en croyant avoir de son côté le monopole de l’humanité, de la bonté, de la générosité... [Brigitte Bardot] incarnait la liberté de ton dans une époque qui pousse à la censure et à l’autocensure. Elle mérite assurément son hommage ».

Comprenons-nous bien. Mes propos n’ont pas pour objectif d’accorder « le bon Dieu sans confession » à Brigitte Bardot. En revanche, ils visent simplement à faire la part des choses, à savoir qu’elle est victime de son authenticité, jugée bassement et sans coup férir par une gauche radicale qui se prétend par ailleurs défenderesse de la vérité mais qui condamne en revanche sans retenue tout discours qui déroge de sa prise de position sur le sujet litigieux.


Henri Marineau, Québec




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