Impatience et méfiance

Autochtones



Louise Leduc - Sentant la soupe chaude, Stephen Harper annonçait à la hâte plus tôt ce mois-ci la création d'un tribunal chargé d'accélérer le règlement de revendications territoriales. Et le CN a fait paraître il y a quelques jours des publicités pleines pages dans les quotidiens de tout le pays pour dire à quel point les autochtones - qui menacent de bloquer des voies ferrées - sont proches de son coeur.

«Les revendications autochtones, ce n'est pas le grand péril jaune, ce n'est pas le Liban, mais la frustration est grande et les chefs n'ont de cesse de répéter qu'ils ne savent pas combien de temps ils pourront contenir leurs troupes», dit l'anthropologue québécois Rémi Savard.
Il y a cette impatience face à Ottawa, mais il y a aussi cette méfiance, grandissante, à l'égard des leaders autochtones. Certains sont accusés d'avoir trop longtemps privilégié la voie diplomatique; d'autres sont accusés de diriger de façon autocratique et de mal gérer les subventions reçues d'Ottawa.
Dans un long texte publié dans le Globe and Mail, Floyd Havel, un autochtone de la Saskatchewan, n'y est pas allé de main morte. Oui, les autochtones doivent obtenir justice pour toutes ces terres usurpées. Seulement, dans sa réserve, en l'état actuel des choses, «davantage d'argent ne fera qu'accentuer les problèmes existants».
Chez lui, dit-il, les mêmes leaders sont en place depuis 13 ans. Et cela fait 13 ans, dit-il, qu'ils n'ont pas régulièrement rendu de comptes à leurs commettants.
Chez les Dénés, plus au nord de la Saskatchewan, ce n'est guère mieux, à son avis. L'exploration de sables bitumineux, «une catastrophe environnementale», y a été autorisée. «Les leaders autochtones sont étrangement muets quand il s'agit de questions environnementales, dit-il. L'argent et le pouvoir politique semblent leurs maîtres, comme ils l'étaient pour nos oppresseurs coloniaux.»
«Depuis 1994, 58 millions ont été engloutis chez nous, et je ne vois pas de résultats», dit pour sa part Steven Bonspille, le grand chef de Kanesatake, en guerre ouverte avec le reste de son conseil de bande qui, dit-il, lui refuse l'accès aux livres.
Sur la Côte-Nord, des voix se sont élevées en début d'année contre le chef Raphaël Picard, à qui une partie de la communauté de Betsiamites reproche d'avoir autorisé de la coupe à blanc dans la réserve et d'avoir laissé s'accumuler un déficit de quelque 20 millions.
Tout en soulignant que les Blancs sont aussi un exemple en matière de mauvaise gestion de fonds publics, Rémi Savard admet qu'un grand ménage s'impose dans les structures autochtones. «Au Québec, par exemple, il existe 10 nations autochtones, mais 60 communautés. Pourquoi? Parce que le pouvoir fédéral a toujours préféré faire affaire avec des petits chefs qu'ils tiennent par les couilles qu'avec des leaders plus représentatifs.»
Et même quand tout cela sera fait, on ne sera toujours pas sortis du bois, dit encore M. Savard. Encore faudra-t-il revoir le statut des autochtones, "toujours considérés au sens de la loi comme des pupilles de l'État, incapables de s'administrer. Et c'est pour cela qu'ils ne paient pas d'impôts, parce qu'on ne fait pas payer d'impôts à des enfants. On les entretient!"
C'est précisément de cette dépendance que les autochtones, par l'obtention de compensations financières ou d'accès aux ressources naturelles, cherchent à sortir.


Laissez un commentaire



Aucun commentaire trouvé