Penchons-nous un instant sur ces anciennes robes noires ou grises

Chronique de Marie-Hélène Morot-Sir

Claude Gravel, cet auteur qui nous dit revenir "d'un pays fascinant celui de la complexité humaine", avec son dernier livre " La vie dans les communautés religieuses" a fait un énorme travail de mémoire.
C'est particulièrement important de pouvoir se souvenir, y compris dans ce domaine, même si nous sommes aujourd'hui sur un tout autre chemin, celui qui nous conduit à prendre quelque distance avec tout ce qui est religion ou religieux, et celui où il est de bon ton de n'avoir aucun regard en arrière pour ce qui s'est passé, dans ce domaine précis...Pourtant à force d'être plongée dans les vieux grimoires du Passé, il m'est difficile d'effacer d'un trait de plume ce monde en effet disparu, impossible de le chasser de nos mémoires, il fait partie intégrante de notre histoire commune, à chaque coin ou recoin des vieux documents du passé, nous nous retrouvons nez à nez avec toutes ces robes noires ou robes grises.. Impossible de retracer l'Histoire de la Nouvelle France sans parler d'eux.
Ils ont travaillé à l'édification de votre pays tout autant que les autres Français laïcs. Au tout début, ils ont été eux aussi de grands explorateurs, ils ont tracé entre autres, les premières cartes de ces immenses contrées, à l'instar des plus grands qu'ils ont accompagnés,ils ont parcouru des territoires infinis, tels les Louis joliet ( jacques Marquette) Cavelier de la Salle ( Anastase Douay ou l'abbé Cavelier) ou un Pierre Lemoyne d'Iberville avec l'abbé Antoine Silvy à la baie d'Hudson par exemple) pour ne citer que ces trois seuls noms-là.. mais tant d'autres encore..
Nous les retrouvons aux quatre coins du pays, ils ont été eux aussi des défricheurs et ont soutenu et aidé de toutes leurs forces la petite colonie française. En apprenant les langues amérindiennes ils ont rapproché les tribus des Français, et en leur faisant connaître la religion catholique ils ont aidé à amener les "Sauvages" ( du mot Salvacus signifiant hommes qui habitent les bois) à plus de "douceur" dans leurs moeurs..
Plus tard aussi en Acadie, combien de ces prêtres ont été là pour aider les Acadiens, tel l'abbé Le Guerne, qui a vécu au milieu des bois durant ce terrible hiver 1756 à Miramichi, pour les aider à survivre, il a tout partagé avec eux le froid et la faim, il en a aidé à se sauver de leurs villages juste avant la terrible rafle anglaise.. L'abbé jean-Louis Le loutre était particulièrement connu pour ses exploits de guérilla avec "ses" Micmac, à tel point que sa tête avait même était mise à prix par les Anglais. Il avait ensuite reçu du gouverneur de la Nouvelle France des ordres précis, pour accueillir la flotte du duc D'anville qui apportait les secours de la France.. La Nouvelle France manquait d'hommes et de soldats, elle s'appuyait aussi sur les religieux..les cas sont si nombreux qu'il est impossible ici de tous les décrire..
Certains un peu plus "mécréants" que d'autres, vont bien sûr citer, et avec raison, tous les cas où parmi ces robes noires il y a eu de graves dérapages, mais aussi cette main mise insupportable de l'Eglise, certes, il n'y a pas qu'une seule vérité, il y a toujours plusieurs facettes aux évènements, mais on ne peut sous prétexte d'un côté particulièrement sombre, nier ce côté positif de l'Histoire.. Jusqu'à présent c'est ce côté sombre qui nous apparaît le plus, n'est-il pas important que tout soit dit, quelques soient nos opinions ?
Effectivement nous pouvons refuser cette Eglise qui a voulu tant imposer de choses,en tenant les êtres humains sous sa coupe, mais dans le même temps nous ne pouvons qu'admirer ce que toutes ces personnes ont fait autour d'elles,ce sont bien elles qui ont ouvert les premières écoles, sans distinction de races ou de couleurs, autant pour les enfants des Français que pour les enfants des Amérindiens, ce sont bien elles qui ont dispensé les premiers soins.. installé les premiers hôpitaux.. Il n'y avait rien à quoi ou à qui se raccrocher, il n'y avait qu'eux ne doit-on pas au moins le reconnaître, même si, bien évidemment, il y aurait tant à dire sur le côté plus sombre, qu'il ne faut pas occulter bien entendu car beaucoup de souffrances sont liées à cet autre côté-là.. mais un côté ne doit pas en faire oublier un autre, et ce côté positif a été un des piliers, parmi d'autres, de la fondation de la Nouvelle France ..
La période ancienne a été particulièrement importante, mais, même beaucoup plus tard, celle beaucoup plus proche de nous, dans ces années décrites par Claude Gravel, cela a en effet énormément compté encore.. il n'y a qu'à lire ce qu'il nous développe pour en être bien convaincus .. Il a fait un énorme travail, en retranscrivant tout ce qui a été accompli par ces religieux, ils dispensaient avec bien peu de moyens tout ce qu'ils pouvaient à tous ceux qui en avaient besoin, et la population était bien loin de les rejeter, bien au contraire elle en attendait tous les secours, tous les réconforts.
Peu à peu l'Etat a pris la place des religieux, dans tous les domaines où seuls, jusque-là ils avaient oeuvré.. où il n'y avait bien que sur eux que pouvaient compter les gens !. Cette générosité dispensée sans compter n'a-t-elle pas, comme nous le souligne cet auteur, aidée à forger la société québecoise d'aujourd'hui, si différente des autres sociétés d'Amérique du Nord, une societé plus généreuse, plus fraternelle, plus soudée autour de ses propres valeurs ? ... Un monde s'est écroulé un autre a pris sa place, personne ne peut dire encore si c'est mieux... mais n'est-il pas terriblement important de ne rien oublier? ..

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Marie-Hélène Morot-Sir151 articles

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Auteur de livres historiques : 1608-2008 Quatre cents hivers, autant d’étés ; Le lys, la rose et la feuille d’érable ; Au cœur de la Nouvelle France - tome I - De Champlain à la grand paix de Montréal ; Au cœur de la Nouvelle France - tome II - Des bords du Saint Laurent au golfe du Mexique ; Au cœur de la Nouvelle France - tome III - Les Amérindiens, ce peuple libre autrefois, qu'est-il devenu? ; Le Canada de A à Z au temps de la Nouvelle France ; De lettres en lettres, année 1912 ; De lettres en lettres, année 1925 ; Un vent étranger souffla sur le Nistakinan août 2018. "Les Femmes à l'ombre del'Histoire" janvier 2020   lien vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=evnVbdtlyYA

 

 

 





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10 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    14 décembre 2010

    Les colonisateurs tant fraçais que anglais, catholiques et protestants ont apporter leur religion que dans le but de piétiner sur ceux qu ils ont appellé sauvages.
    Lisez l' histoire des indigènes en Polinésie, ils ont détruit des générations qui vivaient en harmonie.
    La religion n a jamais apporté la paix nulle part au contraire.
    La religion y est pour l'argent et le pouvoir et cela depuis la nuit des temps.

  • Marie-Hélène Morot-Sir Répondre

    11 décembre 2010

    Merci infiniment de tous vos commentaires et d'avoir pris le temps de donner votre sentiment, c'est tout à fait passionnant que chacun puisse confronter ses propres opinions, en parler et en débattre en toute sérénité et sans acrimonie. Alors merci vraiment à tous..
    Tout ce que vous me décrivez m'est, hélas, bien connue, nombreux sont ceux qui m'en ont longuement parlé, me décrivant mille situations, pire que terribles et déplorables, totalement inacceptables.. .. Je sais combien vous en avez tous souffert dans vos familles, en effet comme nous le dit Ouhgo c'est un sujet plus que sensible : viscéral !

    C'est bien ce côté si "sombre" que j'évoque dans le texte, un côté que je ne laisse absolument pas de côté, soyez-en sûr, mais n'était-ce pas l'autre côté, celui dont on ne parle presque jamais qu'il était intéressant d'aborder.. et qu'aborde l'auteur dont j'ai donné les références .

    Comme nous le dit Monsieur Claude Thompson : " les institutions religieuses ont contribué au développement culturel, social et spirituel, parmi eux il y a eu d'authentiques hommes de Dieu qui firent le bien et donnèrent d'eux-mêmes dans le respect des autres, ils ont ouvert la voie au progrès et à l'éveil de la nation .. "
    C'est exactement cela que je voulais souligner, c'est ce côté précisément dont il était intéressant de débattre avec vous tous, sans vouloir polémiquer ni encore moins vous amener à des réactions... épidermiques !.

    Il me semblait important de l'évoquer, puisque le côté affreux et terrible est, lui, apparemment toujours mis en avant, et pour cause !.. . Cette autre vision de la religion fait aussi partie de l'Histoire, ne coyez-pas que je désire lui donner une place prépondérante, pourquoi serais-je poussée à faire valoir cela, non il n'est tout simplement pas possible de l'ignorer,c'est là à chaque page du Passé.. cela a tout simplement eu lieu, cela a bien existé..
    Doit-on en faire l'impasse parce que cela ne nous convient pas ?

    Monsieur Pommerleau nous développe de quelle façon dans la géopolitique, la cohésion sociale a pu se faire, cette cohésion qui a soudé les gens l'a été grâce à l'église, au moment où la botte anglaise s'abattait sur vous tous....Je ne dis moi-même rien d'autre que cela, dans l'adversité qui était alors celle de vos ancêtres, abandonnés et remis à l'adversaire, ils ont pu faire face parce qu'ils se sont regroupés autour de leur religion et de leur langue...
    En observant le passé ne semble-t-il pas que ces terribles "dérapages", se soient davantage exacerbés au cours du 19ème siècle ?

    P.S quant au mot "mécréant" employé-là,c'était un simple clin d'oeil amical et affectueux

  • Jean-Louis Pérez-Martel Répondre

    10 décembre 2010

    L’ingratitude et la manipulation de l’Histoire
    Et… Il y a des ‘’nationalistes’’ qui vendent leur âme afin de pouvoir dénigrer l’Histoire nationale comme la fait Jean Dorion ―ex président de la SSJB et aujourd’hui député du BQ― en proclamant que « … le Québec était un État théocratique… », argument fallacieux et terriblement manipulateur, lui donnant un prétexte vicieux pour ainsi vanter l’Islam est militer contre l’islamophobie. Les carriéristes sans scrupule sont les pires ennemis du peuple canadien-français qui s’érigent en défenseurs des intérêts nationaux, quand en réalité ils sont les plus dangereux des négationnistes de l’Histoire du Québec, ayant comme objectif d’attirer le maximum de votes des électeurs de la mouvance du multiculturalisme.
    JLP
    -..-..-..-..-..-
    Note. Le lundi 20 septembre 2010 à l’UQAM nous avons participé à une « Soirée-débat des intellectuels pour la souveraineté (IPSO) afin de débattre la convenance d’« Une charte de la laïcité pour un Québec souverain » avec la participation de Louise Beaudoin (députée du PQ), Jean Dorion (député BQ), Guy Rocher (professeur de sociologie), Louis Rousseau (professeur sciences des religions) et Micheline Labelle (professeure de sociologie). C’est lors de ce colloque que Jean Dorion avait affirmé ce que je rapporte plus haut, provoquant un houleux débat entre lui et ceux qui étions contre ses arguments fallacieux.

  • Archives de Vigile Répondre

    10 décembre 2010

    p.s.
    J’aurais voulu ajouter aux comportements « inappropriés » des religieux qui causèrent un tort encore présent dans notre société si éprouvée, la cruauté maintenant connue de ces robes responsables des pensionnats qui accueillirent les « orphelins de Duplessis ». Ces enfants que le régime identifia comme débiles mentaux pour que les Sœurs puissent les accepter dans ces Centres où ils subirent toutes les bassesses.
    La rigidité, voire souvent la cruauté que manifestèrent plusieurs Religieux dans l’enseignement comme dans les établissements de santé (méritez votre ciel), dans la première moitié même du XXième siècle, ne seraient pas étrangères à cette anomalie physiologique que leur causait ce vœu de chasteté. On se rappellera votre héros Guillaume Couture, dans ce récit « Au cœur de la Nouvelle-France ». Dans ses expéditions périlleuses en Huronnie, en compagnie du très « métissé » Jean Nicolet, début XVIIième, il dut sauver la vie du groupe en acceptant de se marier à la fille du Chef. Sauf que pour cela, il lui fallut « oublier » qu’il avait prononcé des vœux perpétuels de chasteté , fidélité à vie à l’Ordre des Jésuites à l'âge de 17 ans… La suite nous montre qu’il a ainsi préservé aussi sa santé mentale…

  • Archives de Vigile Répondre

    10 décembre 2010

    marie-hélène,
    M. Thompson conclut en qualifiant d’épidermique son intervention. Mais la structure et la recherche bien humaine de son texte nous démontrent qu’il n’en est rien.
    Votre proximité avec les « vieux grimoires » comme vous aimez le dire, vous pousse régulièrement à faire valoir le travail des « robes » dans l’œuvre colonisatrice de la Nouvelle-France. Ces 150 ans d’efforts à peine concertés furent sans doute méritoires mais pour nous, survivants, désormais sous la botte anglaise, force est d’avouer que la Nouvelle-France est l’échec de la colonisation française en Amérique. Le fait que les robes se rangèrent souvent du côté du plus fort explique peut-être que de ce côté-ci de l’Atlantique, l’acrimonie que vous lisez ici dans les commentaires soit plus vive que chez les Français, qui se sont éloignés de l’Église plus par raison que par passion (peut-être).
    S’il peut être touchant de se rappeler que les hôpitaux furent longtemps l’œuvre des Sœurs, sans autre supervision, nous avons dans nos familles des souvenirs pas toujours édifiants. Pensons aux Sœurs de la Miséricorde, qui accueillaient les filles-mères chassées de leurs familles par pudibonderie religieuse : leur cruauté à refuser tout calmant autour de l’accouchement, en punition pour leur « péché ». Quant aux écoles, toute ma gratitude aux Frères du Sacré-Cœur et aux Pères de Ste-Croix, qui m’ont épargné le traitement d’acculturation infligé aux Amérindiens, je n’aurais pas la mansuétude dévolue au Frère André puisque récemment, de ses anciens confrères en Ste-Croix ont aussi été reconnus coupables du « péché de la chair », pas nécessairement solitaire…
    Alors, « que voulez-vous » pour nous, c’est viscéral.
    Ouhgo

  • Archives de Vigile Répondre

    10 décembre 2010

    Au tournant du XVIIe siècle, l'Europe vit une véritable révolution religieuse. C'est l'époque de la grande Réforme catholique. Cette volonté de renouveler l'Église va inciter le clergé et le peuple à entreprendre des missions d'évangélisation vers de nouvelles terres. Ainsi, des centaines de colons et de missionnaires s'installent en Nouvelle-France.
    Après l'arrivée de Samuel de Champlain à Québec, en 1608, des congrégations religieuses se chargent d'évangéliser les Amérindiens. Des récollets, des jésuites s'installent au pays, mais aussi des ursulines et des hospitalières. Comme l'explique l'historienne Dominique Deslandres, le rôle de ces femmes est d'éduquer et de soigner les indigènes.
    Les Récollets, une branche des Franciscains, arrivent les premiers en Nouvelle-France en 1615, à la demande de Champlain. Le Père Le Caron part vers l'Ouest, en Huronie, alors que le Père Jean Dolbeau va rejoindre les Montagnais au Nord. Après deux mois de conquête, ils retournent à Québec et dressent un constat : pour convertir les « Indiens » au christianisme, il faut les faire vivre avec des Français. Or, peu d'âmes peuplent cette colonie.
    Dix ans plus tard, l'expérience s'avère un échec. La dizaine de récollets n'a pas appris les langues aborigènes. Leur bilan se résume à une quinzaine de conversions seulement.
    Appelés à la rescousse, les Jésuites prennent la relève à partir de 1625. Leur tentative se révèle plus fructueuse. Mieux organisés et financés, les Jésuites sont prêts aux sacrifices et au martyre. Contrairement aux Récollets, leur stratégie est de déranger le moins possible, de s'intégrer aux autochtones et d'apprendre leur langue.
    En 1637, les Jésuites fondent une réserve à Sillery, près de Québec, où ils répandent une éducation européenne aux autochtones. Pendant plus d'un siècle, ils tenteront ainsi de convertir les Amérindiens à la foi chrétienne.
    Le régime français prend fin en 1760. Pendant cette période, les nations autochtones du vaste territoire québécois sont ou entrées en contact avec la parole de Dieu, ou complètement évangélisées. Or, la conquête anglaise sonne le glas des missions. Le tiers des prêtres quittent la Nouvelle-France. Du même coup, les ordres religieux se voient interdire tout recrutement.
    Ailleurs dans le monde, le temps des missionnaires semble révolu. L'affaiblissement de pays catholiques comme l'Espagne et le Portugal, la perte du Canada par la France, l'expansion de pays protestants, comme l'Angleterre et la Hollande, confirment le déclin de la première grande aventure missionnaire.
    Pour en savoir plus consulter le lien suivant:
    http://archives.radio-canada.ca/societe/religion_spiritualite/clips/6267/
    Soldat Sanspareil
    2ème bataillon du régiment de la Sarre
    Vive le Roy!
    http://www.regimentdelasarre.ca
    http://www.tagtele.com/videos/voir/46581
    http://www.ameriquebec.net/actualites/2009/08/03-rapatriement-des-armoiries-royales-de-france.qc
    François Mitterrand
    Un peuple qui n'enseigne pas son histoire est un peuple qui perd son identité

  • Jean-Claude Pomerleau Répondre

    10 décembre 2010

    Dès que l'on mentionne le nom de l'Église (et ses institutions) dans notre histoire, surgit une multitude de commentaires prévisibles, qui démontrent que l'on confond toujours, l'accessoire de l'essentiel: L'Église fut une institution politique cardinal dans notre histoire. Je reprend ici quelques notes d'une lecture géopolitique 101, de ce rôle, en posant une question qui frappe un peu l'imaginaire:
    ....
    L’Église nous a-t-elle trahis ou sauvés ?
    Pour répondre à cette question allons à l’essentiel : Qu’est-ce qui fut NÉCESSAIRE pour que ce peuple français en Amérique survive au vent contraire de l’Histoire : Un État pour conserver sa cohésion nationale.
    Géopolitique 101 : L’État et la cohésion nationale.
    De 1608 à 1759 l’État est en croissance organique. Grâce au rôle d’appoint de l’Église, il atteint une masse critique qui lui a permit de ne pas être anéanti par la victoire britannique. Cette contribution fut donc essentielle.
    Durant les 150 premières années, la cohésion nationale de ce peuple français qui reposait sur les assises de son État avec lequel elle était en adéquation n’était pas remise en question, sauf de l’extérieur.
    La victoire britannique viendra tout changer.
    La première conséquence est celle de voir les institutions politiques et l’appareil d’État (Nouvelle France) démantelés. Et le lien avec la France rompu. (Ce que consacre le Traité de Paris, 1763). Que reste-t-il comme assise alors pour conserver notre cohésion nationale (peuple français) face à un Empire qui veut nous assimiler : L’Église.
    Elle fut la contrepartie de la couronne britannique dans l’Acte de Québec de 1774 (consentie parce que les anglais n’étaient pas dans un rapport de force si favorable face à un peuple qui avait atteint une masse critique et qui pouvait se joindre à la révolution qui menaçait au Sud).
    C’est cette institution millénaire dans ses capacités de structurer les sociétés, laquelle avait joué un rôle d’appoint nécessaire dans les premiers élans de notre État, qui va venir jouer un rôle "cardinal" pour la suite de l’histoire. L’Église va se substituer à notre État démantelé pour en assumer elle-même les fonctions essentielles : Peupler et mettre en valeur le territoire !
    C’est sur les assises de cette institution que vont reposer nos espoirs réels (géopolitique) de conserver notre cohésion nationale. Elle s’est si bien acquitté de sa mission historique que, suite à 200 ans de gain de potentialité, ce peuple va passer de la puissance à l’acte en 1960 pour se doter d’un État moderne pour assurer sa cohésion nationale. Un saut périlleux pour les "canayens".
    Ce sera la Révolution tranquille : Maitre chez nous.
    Mais pas tout à fait. Très vite les acteurs politiques vont faire le constat que ce demi-État annexé et réduit dans ses capacités d’agir n’offre pas toutes les garanties pour assurer la pérennité de la cohésion nationale. La quête de l’État souverain commence. Son élan sera brisé en 1995 ; depuis nous sommes dans le reflux de l’histoire. Le contrôle de notre demi-État nous échappe complètement, conséquence du fait de la perte de notre cohésion nationale.
    Alors même que les élites politiques semblent ignorer l’urgence de la situation. Pour une première fois depuis 1759, nous sommes en danger réel de perdre notre cohésion nationale (Demography is destiny).
    Ce qu’il faut constater c’est que notre demi-État semble sur le point de faillir là où l’Église avait réussi, c’est-à-dire sur l’ESSENTIEL : Conserver notre cohésion nationale
    Mis à part les anecdotes et les faux choix (les deux tentations républicaines: Révolution américaine;et, celle des Patriotes), l’Église a joué un rôle cruciale dans notre existence de peuple, au prix d'une discipline "d'enfer" sans doute mais combien nécessaire à la cohésion nationale.
    Simple constat géopolitique 101 : Non l’Église ne nous a pas trahis, au contraire elle nous a sauvés !
    JCPomerleau

  • Archives de Vigile Répondre

    9 décembre 2010

    "En apprenant les langues amérindiennes ils ont rapproché les tribus des Français, et en leur faisant connaître la religion catholique ils ont aidé à amener les "Sauvages" ( du mot Salvacus signifiant hommes qui habitent les bois) à plus de "douceur" dans leurs moeurs.."(Marie-Hélène Morot-Sir)
    En effet. Mais c'est encore plus que celà.
    Il était très difficile d'apprendre les langues amérindiennes des nations de la Vallée du Saint-Laurent, car celles-ci étaient nomades et n'avaient aucune patience pour ces choses. Seuls les Métis et les Amérindiens ammenés très jeunes en France puis retournés (afin qu'ils ne perdent leur langue maternelle) maîtrisaient une ou plusieurs de ces langues.
    Or, ces Métis et Amérindiens polyglotes se rendirent vite compte que ce qu'ils possédaient valait de l'or et refusaient catégoriquement de partager leurs connaissances afin de s'assurer le maintient de leur monopole sur le métier d'interprète. Les Jésuites auront tout tenté pour obtenir leur aide mais sans succès.
    C'est avec des années de travail acharné que des Jésuites ont réussi à non seulement apprendre ces langues mais à les conserver pour toujours dans des dictionnaires ! Ils sont les sauveurs de ces langues ! Sans eux, ces langues serraient perdues à jamais.
    Un phénomème notable qui est apparu aux Jésuites lors de l'apprentissage approfondi de ces langues est la création de nouveaux mots qui ne sont ni amérindiens ni français mais qui sont utilisés par les deux. L'amérindien croyant que c'est un mot français et le Français croyant que c'est un mot amérindien.
    Ces mots naissent lorsque dans un échange entre Amérindien et Français l'un d'eux enregistre mal la phonétique d'un mot et se trompe sur sa définition, puis utilise ce "baragoin" pour identifier la chose à un autre interlocuteur qui croyant apprendre un nouveau mot de la langue de l'autre l'adopte.
    Pour ce qui est des moeurs, c'est partagé, car si les Amérindiens étaient extrêmement cruels dans les meurs de la guerre, de leur attitude envers les malades et mourants, et autres, parcontre ils donnaient des leçons de tolérance, d'honneur, d'entraide social, de patience, et de sagesse, aux Français.
    Je crois que ce qui est fondamentalement dommageable psychologiquement dans la religion catholique est le dogme de la faute originelle (qui n'a rien à voir avec le Christ).

  • Claude G. Thompson Répondre

    9 décembre 2010

    Madame Morot-Sir,
    Il est vrai que nous devons beaucoup aux institutions religieuses et qu’elles ont contribué à notre développement culturel, spirituel et social. Par ailleurs, en tant que Québécois ayant vécu sous leur férule, nous ne ressentons pas les choses de la même façon que vous. Personne au Québec ne songerait à renier l’apport d’une certaine frange des institutions religieuses en matière d’éducation et d’implication sociale, mais personne, non plus, ne peut fermer les yeux sur le prix que nous avons eu à payer pour l’étroitesse d’esprit de la majorité d’entre elles, pour leur aveuglement, leur ignorance et leur mépris pour la religion des autres, pour l’exploitation et l’asservissement dans lesquels ils ont maintenu des dizaines de milliers d’autochtones qu’ils ont privés de leur culture, de leur langue, de leurs traditions et de leurs croyances sous prétexte qu’elles n’avaient rien de « catholique » et qu’il fallait les convertir pour le salut de leur âme. Avant l’arrivée des « blancs », les premières nations vivaient en harmonie avec leur environnement et la dureté de certaines de leurs mœurs était, d’un point de vue anthropologique, liées aux réalités de l’environnement dans lequel ils vivaient et des nécessités qui en découlaient du point de vue de leur survie et des contingences reliées aux pulsions instinctuelles qui en ressortissaient. Chose certaine, ils se déplaçaient sur le territoire nord-américain depuis plusieurs millénaires et s’y étaient adaptés aux conditions que leur imposaient la nature et le climat. Ils étaient libres et fiers et leurs valeurs spirituelles étaient toutes imprégnées des formes archétypales du chamanisme primitif.
    Que leur en reste-t-il et que reste-t-il d’eux et pour eux ? Si peu.
    Que leur avons-nous laissé ? Si peu.
    Que leur devons-nous ? Tellement.
    En 1956, à mon entrée à l’école élémentaire, les bonnes sœurs nous faisaient acheter des petits Chinois pour leurs œuvres missionnaires. Nous étions complètement traumatisés d’apprendre que les petits Africains et les petits Chinois qui n’étaient pas convertis allaient, comme leurs parents, finir en enfer. Que la moindre pensée impure nous le mériterait aussi, que les protestants étaient irrémédiablement condamnés et qu’en marchant sur le trottoir, si nous passions devant une de leurs églises, nous devions impérieusement détourner le regard.
    Nous qui étions les enfants de l’après-guerre, les « baby-boomers », nous étions comme nos parents, nos grands-parents et nos arrières grands-parents, soumis aux mêmes dictats absurdes qui, bien que nous croyions que nous en sommes aujourd’hui libérés, continuent à faire sentir leur présence et resurgissent par la voix et les prêches accusateurs des « monseigneur Ouellette » de ce monde que le Vatican s’empresse de récupérer dans l’espoir de voir revenir les beaux jours de leur pouvoir inquisiteur, séculier, catholique et apostolique (sic)… Nous avons payé le prix et les conséquences d’une pédophilie endémique dont les ravages commencent à peine à apparaître au grand jour après cinquante ans de révolution tantôt tranquille, tantôt un peu plus mouvementée. À la fin des années cinquante, les écoles de parents commencèrent à faire leur apparition et des hommes et des femmes comme mon père et ma mère, férus de psychologie et conscients du gouffre dont devaient sortir les adultes de leur génération, invitèrent les jeunes couples de leur âge à se joindre à eux pour mieux comprendre quel rôle était le leur dans l’éducation de leurs enfants, tant sur le plan psychologique, sexuel, spirituel, familial et social. Quel scandale faillit éclater lorsque se présenta un prêtre à une de leurs premières réunions, délégué par l’évêché pour assurer un rôle d’aumônier, et qu’il lui fût expliqué que sa présence n’était pas nécessaire attendu qu’il s’agissait d’un regroupement de parents échangeant sur leur rôle et leurs responsabilités d’éducateurs et leur vie de couple; ce qui n’était pas l’affaire des curés.
    L’inconscient collectif Québécois est profondément marqué par l’oppression dont s’est rendu responsable le pouvoir ecclésiastique et les stigmates s’en font ressentir chaque fois que les exactions que le pouvoir religieux a tenues cachées ou a niées sont exposées au grand jour parce que les victimes qui les ont subies décident enfin d’en parler pour s’en libérer.
    Il aura fallu deux à trois générations pour qu’enfin la vérité éclate et que nous soyons capables de comprendre et d’accepter que derrière les belles apparences, la névrose et la souffrance avaient fait leurs nids dans le cœur de nos religieux et qu’ils étaient aussi humains que nous l’étions et pas plus « saints » que n’importe quel saint.
    Quant à leur vision de l’histoire, il aura fallu l’arrivée d’historiens comme Denis Vaugeois et Jacques Lacoursière pour qu’elle fût élaguée de leurs jugements de valeur sur l’état de « sauvagerie » des autochtones, de leurs épopées dignes de « l’histoire sainte » sur l’esprit de sacrifice et le courage de saints martyrs, de leurs missionnaires et sur leurs édifiantes bondieuseries sur la conversion des « sauvages ».
    Ne croyez pas que nous ne soyons pas conscients que parmi eux se sont trouvés d’authentiques hommes de Dieu qui firent du bien et donnèrent d’eux-mêmes dans le respect des autres et la simplicité du cœur. Il y a heureusement toujours eu, et il y aura toujours des frères André. Parmi eux se sont également trouvés de remarquables intellectuels, les monseigneurs Parent, les pères Lévesques, les chanoines Groulx et bien d’autres hommes et femmes qui, comme eux, auront ouvert la voie au progrès et à l’éveil de notre nation. Ceux-là ne se sont pas souciés de ce que le pouvoir ecclésiastique attendait d’eux et ont vécu selon leur conscience.
    Notre génération a vue et vécu la fin du règne de l’église catholique et de sa mainmise sur le « salut de nos âmes » (sic). Nous avons mis les curés à la porte de la plupart de nos institutions et avons créé un état qui se veut désormais laïque et que nous mettrons bientôt au monde en prenant la place qui nous revient dans le concert des nations. Quant à la présence et au rôle du phénomène religieux et de la spiritualité dans nos vies, il nous revient de lui donner un sens en fonction des valeurs que sont les nôtres collectivement, tout autant qu’individuellement.
    D’un gentil « mécréant » qui vous salue respectueusement et qui espère que vous ne lui en voudrez pas pour sa réaction un peu épidermique.
    Claude G. Thompson

  • Archives de Vigile Répondre

    9 décembre 2010

    Mme. Morot-Sir,
    Vous nous avez habitués, depuis quelques années, à des textes bien léchés et fort pertinents. Le « mécréant » que je suis, je me suis senti personnellement visé, ne peut qu’absoudre l’historienne sérieuse que vous êtes. D’ailleurs, peut-on être historien et pas sérieux?! Nous avons souvent entendu dire que le pouvoir corrompt. Les rouleaux de papier noir,…..pardon, les robes noires que vous décrivez dans vos livres, extrêmement bien documentés d’ailleurs, ont en effet, c’est indéniable, apporté à la nation naissante des bienfaits qu’il serait malhonnête de nier aujourd’hui. Étant, généralement, les personnes les plus instruites de la Nouvelle-France, ils se sont, peu à peu, attribué une aura, une puissance débordant quelque peu de la mission d’évangélisation des « sauvages ». Même s’il signifie « homme des bois », j’exècre ce terme qui a rapidement pris le sens de primaire, bête et non évolué. La connaissance des autochtones, de leurs origines et de leur culture nous fait réaliser qu’en plusieurs occasions, nous aurions pu dire que les vrais « sauvages » venaient d’Europe. Les colonisateurs, d’où qu’ils viennent, ont toujours eu ce détestable défaut de se croire d’une essence supérieure aux conquis, d’avoir, bien sûr, le VRAI dieu, de posséder la seul vraie civilisation.
    Il n’est pas besoin de regarder très loin en arrière, les anglo-saxons, même aujourd’hui, considèrent les conquis que nous sommes encore comme des inférieurs. Malheureusement la France n’a pas échappé à ce travers. Il faut être réaliste: tous les colonisateurs ont voulu coloniser par intérêt, pour piller les richesses de pays « sauvages » et asservir, dans la mesure du possible, les gens en place. La Nouvelle-France ne fait pas exception. Partout où les missionnaires ont été placés à l’avant-garde des exploiteurs, excusez, des explorateurs, sous prétexte de faire connaître leur seul vrai dieu, les troubles ont commencé. Bien sûr, certains d’entre eux, peut-être naïfs, n’y ont vu que du feu et se sont véritablement dévoué, autant pour les nouveaux arrivants que pour les autochtones, mais cela n’autorise pas les dérapages qui ont suivis. N’oublions pas que le haut-clergé, les « rouleaux de papier pourpre », la crosse à la main, ont presque toujours, dans le but de conserver leurs privilèges, fait la part belle aux conquérants, contre leur propre peuple. Les exemples sont légion.

    Mme. Morot-Sir, nous apprécions tous vos textes et particulièrement les ouvrages que vous avez écrits, bien faits et très bien documentés. Comprenez par contre que la place prépondérante que vous donnez à ces représentants religieux, peut, à certains moments, indisposer les « mécréants » comme moi et comme beaucoup d’autres pour qui ces robes noires ont joué, plus récemment et toujours, un très mauvais rôle.

    Ivan Parent