La compétence, ça se paie!

Les LAUREL & HARDY du débat québécois

Photo: Reuters - On s'indigne beaucoup ces jours-ci des salaires et bonis de certaines personnes. La rage est forte contre les financiers et les banquiers, et dans une moindre mesure contre les athlètes et les vedettes. Tout quidam trouve généralement que ceux qui gagnent plus que lui gagnent trop, et que ceux qui gagnent moins que lui et considèrent sa rémunération trop élevée sont des ignorants.
Récemment, lors d'une émission aux aurores, un «ex» a trouvé la solution. Il suffit d'embaucher quelqu'un prêt à faire le travail (de PDG de la Caisse de dépôt, en l'occurrence) pour moins cher. C'est simple, pourquoi ne pas y avoir pensé avant? L'idée a tellement plu à l'animateur que ce dernier a proposé d'adopter la même stratégie pour les joueurs du Canadien (Marcel Boyer joue encore dans une ligue de garage et se dit prêt à relever le défi si on lui fournit une paire de patins neufs).

On pourrait aller plus loin. Remplaçons Kent Nagano, un non-Québécois de surcroît, par un de nos chefs de fanfare d'école. Céline Dion coûte trop cher! Pas de problème, nous avons tous une et même deux belles-soeurs qui ont une belle voix. Trop chers les profs d'économie et de finance, remplaçons-les par nos chroniqueurs économiques et financiers, eux-mêmes surpayés aux yeux de ceux et celles qui ont suivi un cours d'économie ou de finance et gagnent moins qu'eux. Nos médecins et infirmières se plaignent de leurs conditions salariales? Laissons-les aller soigner les étrangers hors Québec et remplaçons-les par des guérisseurs de souche.
Curieusement, ni l'animateur ni aucun des «ex» n'ont eu la bonne idée de suggérer qu'on pourrait les remplacer, considérant le grand nombre de quatuors, autodéclarés substituts et compétents, prêts à prendre leur place pour une rémunération bien moindre.
La rage est certes légitime devant les abus. Mais s'imaginer qu'on pourra construire une société prospère et innovante en soldant nos compétences relève de la pensée magique.
La compétence, l'excellence et la haute performance coûtent cher parce qu'elles ont une grande valeur. Certains sont plus doués ou plus productifs «naturellement», d'autres ont acquis au prix d'importants sacrifices des compétences utiles et pertinentes, d'autres enfin travaillent simplement plus et plus fort: ces gens gagnent plus. Il n'y a ni miracle ni pensée magique dans le domaine de la rémunération: tout est affaire d'offre et de demande et aussi d'incitation à l'acquisition de compétences, à la performance et à la pertinence en matière de capital humain. Comme nous tous, notre «ex» doit reconnaître la règle d'or: «Pay peanuts, get monkeys».
Concluons sur la décision de Michael Sabia de renoncer à toutes primes et pensions de la Caisse. Il faut espérer que le conseil de la Caisse aura l'intelligence et le courage de refuser cette demande. Il faut au contraire fortement inciter M. Sabia à réussir de manière exceptionnelle à rétablir rapidement la performance financière de la Caisse, et ce, contre vents et marées. Mieux vaut qu'il nous rende tous plus riches et en tire profit, plutôt que nous garder «nés pour un petit pain» avec son salaire de fonctionnaire.
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Marcel Boyer et Claude Montmarquette
Les deux auteurs sont économistes. Malgré la valeur de leur opinion, ils ont renoncé à tout cachet!

Squared

Claude Montmarquette1 article

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Professeur d'économie à l'Université de Montréal et chercheur associé au CIRANO





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