“C’est pas demain la veille bon dieu de mes adieux...”

Trente ans déjà que Georges Brassens nous a quittés.. mais il est toujours là

Chronique de Marie-Hélène Morot-Sir

(Trompe la mort)
Et si jamais au cimetière
Un de ces quatre on porte en terre
Me ressemblant à s'y tromper
Un genre de macchabée
N'allez pas noyer le souffleur
En lâchant la bonde à vos pleurs
Ce sera rien que comédie
Rien que fausse sortie.


LA CHASSE AUX PAPILLONS
Un bon petit diable à la fleur de l'âge,
_ La jambe légère et l’œil polisson,
_ Et la bouche pleine de joyeux ramages,
_ Allait à la chasse aux papillons.
Comme il atteignait l'orée du village,
_ Filant sa quenouille, il vit Cendrillon,
_ Il lui dit: "Bonjour, que Dieu te ménage,
_ Je t'emmène à la chasse aux papillons."
Cendrillon, ravie de quitter sa cage,
_ Met sa robe neuve et ses bottillons;
_ Et bras dessus bras dessous vers les frais bocages
_ Ils vont à la chasse aux papillons.
Ils ne savaient pas que, sous les ombrages,
_ Se cachait l'amour et son aiguillon,
_ Et qu'il transperçait les cœurs de leur âge,
_ Les cœurs des chasseurs de papillons.
Quand il se fit tendre, elle lui dit: "Je présage
_ Que c'est pas dans les plis de mon cotillon,
_ Ni dans l'échancrure de mon corsage,
_ Qu'on va-t-a la chasse aux papillons."
Sur sa bouche en feu qui criait: "Sois sage!"
_ Il posa sa bouche en guise de bâillon,
_ Et ce fut le plus charmant des remue-ménage
_ Qu'on ait vu de mémoire de papillon.
Un volcan dans l'âme, ils revinrent au village,
_ En se promettant d'aller des millions,
_ Des milliards de fois, et même d'avantage,
_ Ensemble à la chasse aux papillons.
Mais tant qu'ils s'aimeront, tant que les nuages
_ Porteurs de chagrins, les épargneront,
_ Y fera bon voler dans les frais bocages,
_ Y feront pas la chasse aux papillons.
_ Pas la chasse aux papillons.
Poète, auteur-compositeur-interprète, Georges Brassens a été l’un des plus grands chansonniers de la variété française. Par ses chansons, il s'est posé comme un artiste anarchiste, luttant contre une certaine hypocrisie de la société et contre toutes les injustices. Ses textes sont des prises de position en faveur des laissés-pour-compte. Son action anarchiste se situe dans son irrévérence et sa désobéissance volontaires envers les conventions sociales pour lesquelles il n'avait aucun goût.
Georges Brassens est né le 22 octobre 1921, dans un quartier populaire de Séte,petite ville des bords de la méditerranée, elle s’était auparavant orthographiée Cette. les Grecs passant au large, en apercevant la montagne Saint Clair au-dessus de la ville crurent voir dans sa forme une baleine. Ils l'appelèrent « Kêtos ». Les Romains passèrent eux aussi dans ces parages, ils la nommèrent également "baleine"« Cetus ». Elle devint donc plus tard en Français Cette. Cette deviendra en 1928, officiellement Séte. Le jeune Georges y aura une jeunesses ‘active’ ce qui lui vaudra un peu de prison avec sursis. Mais sa grande chance sera son professeur Alphonse Bonaffé, qui lui fera aimer la poésie.
Sous de Gaulle, les radios l’avaient boycotté à l'exception de Europe 1. Quand il reçut le prix de poésie de l'Académie française, en 1967, timide et bourru il avait déclaré :« Je ne pense pas être un poète. Un poète, ça vole quand même un peu plus haut que moi. »

Trente ans plus tard, Georges, l'anarchiste au grand cœur, a fait l'unanimité... personne n'oubliera que cet étrange moustachu porteur de pipe, avec son œil égrillard pourtant si tendre, a su parler contre la peine de mort, dans « Le Gorille » chanson qui avait à l’époque tant déchaîné de passions.
René Fallet disait : «la voix de ce gars est une chose rare [ .....] sa voix est en forme de drapeau noir, de robe qui sèche au soleil, de coup de poing sur un képi, une voix qui va à la bagarre et... à la chasse aux papillons».
Eh oui, des chansons qui flottent partout, des textes au vitriol ou pleins d'amour et de tendresse, du rire jusqu’aux pleurs. Et cette allure bourrue inimitable sous laquelle il tentait de cacher une immense pudeur.
Georges Brassens continuera à être de tous les temps ...parce que dans les paroles de ses chansons il y en a toujours qui décrivent la réalité des choses qui nous touche tous..sa voix rocailleuse et bourrue résonnera encore sans fin au fond de nous..

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Marie-Hélène Morot-Sir151 articles

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Auteur de livres historiques : 1608-2008 Quatre cents hivers, autant d’étés ; Le lys, la rose et la feuille d’érable ; Au cœur de la Nouvelle France - tome I - De Champlain à la grand paix de Montréal ; Au cœur de la Nouvelle France - tome II - Des bords du Saint Laurent au golfe du Mexique ; Au cœur de la Nouvelle France - tome III - Les Amérindiens, ce peuple libre autrefois, qu'est-il devenu? ; Le Canada de A à Z au temps de la Nouvelle France ; De lettres en lettres, année 1912 ; De lettres en lettres, année 1925 ; Un vent étranger souffla sur le Nistakinan août 2018. "Les Femmes à l'ombre del'Histoire" janvier 2020   lien vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=evnVbdtlyYA

 

 

 





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6 commentaires

  • Archives de Vigile Répondre

    30 octobre 2011

    Merci de ce rappel Madame Morot-Sir,

    J'ai trois CD de Brassens à la maison. Encore aujourd'hui, il m'arrive souvent de l'écouter en mode aléatoire sur mon lecteur CD, avec Brel, Ferré, Ferrat, Reggiani et autres. Ses chansons suscitent encore la réflexion chez moi.
    Paradoxe : En 1966, âgé de 19 ans, j'étais animateur de radio à Sainte-Agathe. Je me souviens que mon patron m'avait convoqué à son bureau. Il venait de recevoir une plainte de l'archevêché local. Mgr n'aimait pas que je fasse entendre à ses brebis les chansons de Brassens... et vous dites qu'en 1967, sous de Gaulle, Brassens subissait une sorte de censure... imaginez-vous que le 24 juillet de cette même année je me retrouvais avec une extinction de voix sous le fameux balcon de l'hôtel de ville de Montréal après son Vive le Québec libre.
    J'aimais de Gaulle qui n'aimait pas Brassens, j'aimais Ferré que Brassens ne semblait pas beaucoup aimer, mais comme Brell, j'adorais Brassens !
    Merci encore !
    Michel Rolland

  • Archives de Vigile Répondre

    30 octobre 2011

    Quel vent de fraîcheur! Pour ceux qui not plusieurs printemps derrière la cravate, Georges Brassens nous fait revivre un temps heureux. Mme. Morot-Sir, je ne sais comment vous remercier de nous apporter ce petit vent du sud de la France qui a toujours su se transporter de ce côté-ci de l’Atlantique. Cet apport apporte un peu d’oxygène à tout ce marasme que l’on voit exprimé ici sur Vigile. À ses débuts, si ma mémoire est bonne, il a été quelque peu inspiré de notre Félix Leclerc qui, à l’époque, n’était pas reconnu ici.
    Chacun à sa manière, Georges et Félix ont su traduire les travers de leur époque et plus bizarrement, loin de s’améliorer, nos sociétés s’enlisent, se nivellent par le bas. Quand pourrons-nous voir et entendre un nouveau Georges ou Félix? Je ne pense pas que les jeunes seraient sensibles à ce genre de poésie, trop pris dans les formules toutes faites.
    Merci Mme. Morot-Sir pour cet apport rafraîchissant.
    Ivan Parent

  • Marie-Hélène Morot-Sir Répondre

    30 octobre 2011

    Merci cher André, mais toutes ces dames que vous regrettez, en ne les voyant plus depuis quelques temps sur Vigile.net, sont descendues dans la rue afin de mettre tout leur cœur pour l'indépendance de votre beau Québec!..
    Ce vent venu du sud de la France vous envoie mille encouragements et vous salue avec amitié.
    marie-hélène

  • Archives de Vigile Répondre

    30 octobre 2011

    Tous mes enfants connaissent les chansons de georges brassens.Hé oui quand ont montaient au chalet,ils n'avaient pas le choix les pauvres, je ne mettaient que ca!ils ont fini par aimé,ils m'en redemandent.

  • Archives de Vigile Répondre

    29 octobre 2011


    Merci de nous rappeler le souvenir de Georges Brassens,
    madame MOROT-SIR. IL a été un révolutionnaire à sa
    manière.
    JRMS

  • Archives de Vigile Répondre

    29 octobre 2011

    Comme cela fait du bon à ce site de revoir enfin une figure de femme, et par dessus le marché, elle nous amène notre vieux copain Brassens que l'on apprécie tant ici.
    À mon avis, ce vent chaud ne peut venir que du sud...
    André Vincent